2012 03-La téléréalité

Éditorial – La téléréalité
Daniel Pezat

Je voudrais vous parler de la télévision. Je sais, vous allez dire : « Ah! non, pas encore casser du sucre sur le dos de la publicité! » Non rassurez-vous, la pub ce sera pour une autre fois. Mon propos concerne les émissions de téléréalité qui occupent à mon sens un espace bien trop grand sur nos écrans. Oui je sais, il y a aussi les séries savon, les émissions de popote et les bulletins d’information qui finalement nous informent bien peu.

La téléréalité est comme un grand miroir tendu aux téléspectateurs. Ils   aiment s’y regarder, pour le meilleur ou pour le pire. Le tout  est de savoir si ce regard va les faire réellement réfléchir ou s’ils en resteront simplement à la constatation de « Ça me ressemble » ou « Je ne me reconnais pas ».

Dans des émissions comme Love Story, Occupation double et maintenant  l’Amour est dans le pré, l’idée est d’inviter les participants à vivre dans un milieu qu’ils ne connaissent pas. Il s’agit de favoriser des relations amoureuses au sein d’un groupe ou de constituer un couple. Ou comme dans Star Académie de mettre plusieurs candidats en compétition, le vainqueur gagnera la possibilité d’enregistrer un album.

La téléréalité envahit nos écrans. Comment expliquer ce phénomène? Trois millions de personnes! Près de la moitié de la population du Québec en arrêt devant leur téléviseur, pour regarder de jeunes inconnus de Star Académie essayant de se transformer en vedettes de la chanson. Un million et demi de téléspectateurs dans les débuts d’Occupation double, pour voir le visage défait d’un prétendant au grand amour, éliminé. Un million et demi également à la première de Loft Story. Ces chiffres ne sont pas récents mais montrent bien l’engouement des téléspectateurs pour ce genre de programme.

Dans ces émissions, des volontaires sont épiés, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, par des caméras et des micros. Cela ressemble plus à un mensonge qu’à autre chose. Le mot réalité, collé à ces émissions, me laisse perplexe. Les limites de l’intimité sont sans cesse reculées. C’est du voyeurisme! C’est sans compter sur la solution de facilité qu’elles représentent pour les producteurs. C’est d’une banalité crasse, du théâtre à rabais!

Ces séries sont des mensonges; ce sont des émissions de fiction où la réalité a bien peu de place. Pourtant, on nous les vend comme étant la vérité vraie. Ces émissions sont construites et mises en scène comme n’importe quel autre spectacle. Les  acteurs, toujours jeunes et beaux, ont reçu un minimum de formation pour savoir comment se comporter devant une caméra. Nous croyons voir la vraie vie, on ne nous montre qu’un show.

De nos jours, avec l’individualisme galopant, nous sommes confrontés à l’anonymat. C’est encore plus vrai dans les villes. Le perron de l’église a été remplacé par la télévision comme lieu de placotage et de rumeurs. Depuis l’avènement du petit écran, l’image a pris une grande importance. Elle donne une identité. De là le désir de tant de personnes d’offrir leur image à la télé. Peu importe s’il faut y montrer une partie de leur intimité et se plier aux exigences de ce média. D’autant plus que l’humain est quelque part exhibitionniste.

Plusieurs veulent révéler des choses sur eux. Ils aimeraient que le monde entier les écoute et les voit. Seule la pudeur parfois les incite à la modération.

Ceux qui regardent ces émissions cherchent-ils à assouvir des besoins sociaux créés par la solitude et le manque de communication? Ces programmes mettent en scène des gens qui sont obligés d’être ensembles et de se parler. Ils doivent également gérer des rapports de séduction. Les téléspectateurs y reconnaissent leurs propres désirs et préoccupations. En votant pour éviter l’élimination de leurs favoris, ils ont l’impression de disposer d’un certain pouvoir sur le sort des participants.

La téléréalité doit son succès surtout au bluff publicitaire qui l’accompagne. Ce n’est ni de la fiction, encore moins la réalité. Elle n’est que de la télé qui vend du rêve. C’est une entreprise commerciale prospère qui rapporte beaucoup d’argent en exploitant la naïveté de ceux qui la regardent. R

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