2012 05-En un combat douteux

Éditorial
En un combat douteux,
Daniel Pezat

J’ai mal à mon Québec. Je ne le reconnais plus. Un gouvernement corrompu, usé par des années de pouvoir. De nouveaux scandales nous sont révélés chaque  jour et pour finir, des dirigeants qui refusent d’écouter leurs enfants et tentent de les berner. L’administration Charest pue la fin de régime.

Les étudiants sont en grève depuis plus de 13 semaines. Du jamais vu. Au-delà de la grève estudiantine, c’est un ras-le-bol collectif qui s’exprime dans les rues du Québec. Le bon peuple en a marre de voir le gaspillage des fonds publics. La bureaucratie qui prend le pas sur l’intelligence et l’humanité. Notre langue mal enseignée, bafouée par un multiculturalisme envahissant. Le pillage de nos ressources naturelles bradées pour des peanuts. La corruption omniprésente dans nos institutions. La colère gronde au Québec et ses gouvernants font la sourde oreille. L’action de nos jeunes est l’espoir de tout un peuple.

Les étudiants ne sont pas des enfants qui font un caprice. Ce sont de jeunes adultes qui revendiquent une société plus juste. Alors que l’éducation est un droit pour tous, voilà que l’État impose une augmentation exorbitante des frais de scolarité. L’accès au savoir doit être gratuit. Il n’est pas une marchandise. C’est un investissement que fait une société pour améliorer son avenir.

Déjà en 1966, le rapport Parent demandait un accès gratuit pour tous à l’enseignement universitaire. Quarante-six ans plus tard, nos diplômés sortent de l’université endettés de plusieurs dizaines de milliers de dollars. C’est injuste et contre-productif.

Ce modèle de financement des universités nous vient des États-Unis. Cela ne nous ressemble pas. Ce système pénalise les plus pauvres. C’est antidémocratique.

La gratuité des études universitaires est une évidence. Par contre, la foire que sont nos maisons d’enseignement supérieur doit cesser. Il est anormal que les étudiants butinent  d’un cours à un autre au gré de leurs états d’âme. Étudier aux frais des contribuables implique de la discipline, de la rigueur et du travail. Plus la grève dure et plus elle se radicalise. Le blâme en revient à l’intransigeance de la ministre de l’Éducation. Elle est devenue la marionnette du premier ministre. Elle fait preuve d’irresponsabilité. Elle a laissé délibérément pourrir le dossier en espérant voir la zizanie s’installer dans les rangs des contestataires. Madame Beauchamp, ce ne sont pas seulement les jeunes qui sont dans la rue, leurs parents et grands-parents les accompagnent. C’est tout le Québec qui vous dit : « Stop! »

Le 20 avril dernier, le premier ministre Charest recevait les gens d’affaires à l’occasion de l’ouverture du salon Plan Nord. En fait, ce salon n’est qu’un bar ouvert pour les compagnies minières. Au cours de son discours d’ouverture, il s’est permis des plaisanteries douteuses sur la contestation étudiante. Comment le chef de l’État québécois peut-il faire preuve de tant de cynisme, de mépris, d’arrogance et d’incompréhension? L’État se moque de l’idée de la gratuité scolaire; sa seule réponse : où trouver l’argent? Monsieur Charest, arrêtez de paver des routes pour les compagnies minières, exigez de vraies redevances sur chaque tonne de minerai extrait, faites payer aux plus riches de notre société (entreprises et personnes) leur juste part d’impôts. Faites la guerre à l’évasion fiscale des plus nantis. Arrêtez de laisser faire la mafia qui a fait main basse sur l’industrie de la construction et les travaux publics. Au Québec, la construction de nos routes coûte 30% de plus qu’ailleurs au Canada. La corruption s’y pratique au grand jour. Monsieur Charest, le copinage, les fonds d’origines nébuleuses qui alimentent la caisse électorale de votre parti et le laxisme de votre gouvernement donnent une bien triste image du Québec.

Demander aux tribunaux de régler cette crise sociale est une erreur. Les gens qui ne respectent pas un piquet de grève, injonction ou pas, sont des  scabs! Le 23 avril, après une marche de plus de 200 000 personnes, Mme Beauchamp se dit  enfin ouverte à des discussions. Le  25 avril, la ministre rompt le simulacre de négociation, 6000 étudiants en colère sont à nouveau dans les rues. Le 4 mai, au moment où le parti libéral tient son conseil général à Victoriaville, comme par hasard, des négociations sont entamées. Une duperie est en train de se mettre en place. Universitaires et cégépiens refusent, par une très forte majorité, de se faire berner.

Des jeunes, femmes et hommes d’honneur, marchent à nouveau dans la nuit; ils sont rendus où tout commence! R

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *