2012 11-Les pommes pourries

Éditorial,
Les pommes pourries,
Daniel Pezat

Le temps de la chasse au chevreuil est aussi celui des pommes, belle coïncidence! Cette année, nos pommiers, à cause d’un gel tardif et d’un été trop sec, n’ont pas donné la récolte habituelle. Pour ma part, j’ai dû me résoudre à en acheter une grosse quantité. Les brasser d’un contenant à l’autre n’a rien fait pour garder leur fraîcheur. Il y en a toujours une qui pourrit et contamine toutes les autres.

Dans l’univers des pommes, vous me direz que cela n’a rien d’extraordinaire, c’est vrai! Mais quand le même phénomène se produit dans notre société, c’est pas mal moins drôle. Les pommes pourries sont partout et corrompent nos institutions gouvernementales et municipales. La commission Charbonneau a un gros contrat de nettoyage sur les bras.

Chaque jour nous apporte son lot de révélations sordides. La collusion entre les entrepreneurs de travaux publics, la corruption de fonctionnaires par des organisations maffieuses, le laisser-faire d’un gouvernement plus soucieux de sa caisse électorale que du bien commun n’ont rien pour encourager le civisme et le sens des responsabilités des bonnes pommes que nous sommes.

La bavure policière du matricule 728 n’a pas aidé à nous rassurer. C’est un cas extrême et je veux le croire isolé. Cette triste histoire, pour une fois, est bien documentée. Pas de place pour les si et les peut-être. Une chance pour les personnes interpellées. Combien d’autres n’auront pas cette possibilité, faute de témoins et de preuves?
Dans l’affaire du matricule 728, la présence du public a fait toute la différence. Dans les minutes qui ont suivi l’intervention policière, les médias sociaux s’étaient emparé de la situation. La télévision repassait en boucle ces images choquantes. C’est la présence des citoyens qui a fait toute la différence.

Les travaux de la commission Charbonneau et l’affaire du matricule 728, pas certain que je sois tranquillisé. Souvenons-nous de la commission Gomery où seuls de petits poissons ont été condamnés, alors que pas un seul politicien de qui venait les directives n’a été inquiété. La crise de rage du matricule 728 servira-t-elle d’exemple à ne pas suivre lors de la formation de nos futurs policiers? Par contre, si de tels cas sont rares, à l’audition des enregistrements de cette intervention policière, le langage employé semble être la norme dans le service de police de la communauté urbaine de Montréal (SPCUM). Ce langage ordurier et une telle violence n’ont rien à voir avec la protection du public.

Dans le cas de la commission Charbonneau, le mal est plus sournois. L’appât du gain des uns, la couardise des autres ainsi que le laisser-aller ont fait en sorte que nous, les payeurs de taxes, nous sommes fait voler des milliards de dollars par des bandits. Il aura fallu la perspicacité et le courage des journalistes de Radio-Canada pour mettre au grand jour ces actes malveillants. Là aussi, la pression de l’opinion publique est venue à bout de l’inertie et de la complaisance du précédent gouvernement québécois.
Au printemps dernier, les jeunes nous ont montré la route à suivre en descendant dans la rue. Grâce à leur bravoure et à leur persévérance, ils ont montré la porte à un gouvernement corrompu. Nous élisons nos représentants. Ils nous sont redevables et ils sont imputables des gestes qu’ils posent ou refusent de poser en notre nom. Là ne s’arrête pas notre responsabilité; nous devons constamment leur demander des comptes et ils doivent nous dire le pourquoi et le comment des gestes qu’ils posent. Si la corruption et la collusion fleurissent si bien au Québec, c’est un peu de notre faute. Notre cynisme, notre manque d’intérêt pour les affaires de l’État nous ont menés à la prise de contrôle d’une partie de notre économie par des salopards sans foi ni loi. Un beau gâchis!

Il est temps de nous réveiller, de prendre nos affaires en mains, de poser des questions et d’avoir des réponses. S’il faut descendre dans la rue et sortir nos casseroles, faisons-le. Si devant l’entêtement de gouvernants malhonnêtes, cela ne suffit pas, il nous restera toujours en désespoir de cause la désobéissance civile. Le gouvernement, c’est nous! Le pouvoir, c’est nous! Il va falloir que nous finissions par le comprendre! R

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