2014 02-Le divorce

Éditorial – Le divorce
Daniel Pezat

Quand des enfants sont pris dans cette tourmente, c’est tout simplement un drame.

« …Les enfants du divorce sont des enfants mal aimés. Et de plus, ils payent la note de leurs parents séparés… ». La chanson de Georges Hamel résonne à mon oreille alors que je viens d’apprendre la séparation d’un couple ami. Maudit, qu’est-ce que les gens ont dans la tête au moment de fonder un foyer et d’avoir des enfants?

Que cela s’appelle un divorce, une séparation de fait, une séparation de corps ou une dissolution de l’union civile, c’est une épreuve douloureuse pour le couple. Quand des enfants sont pris dans cette tourmente, c’est tout simplement un drame. Bon an mal an, c’est cent-cinquante-cinq mille divorces qui sont prononcés au Québec. Comprenons nous, je ne suis pas contre le divorce ou la séparation. Quand il y a de la cruauté physique ou mentale, de la violence, de l’adultère, c’est généralement la seule issue. Si on décide de vivre en couple souvent sur un coup de tête, la séparation ou le divorce se fait hélas, trop souvent, aussi sur un coup de tête. Et les enfants dans tout cet imbroglio?

Au Québec, quarante-huit pour cent des mariages et des unions se terminent par un divorce ou une séparation. La durée moyenne d’un couple est de sept ans. Trente pour cent des couples vivent en union libre et cinquante-six pour cent des enfants naissent hors mariage. Quatre-vingt-huit pour cent des femmes, âgées de quinze à dix-neuf ans, vivant en couple, sont en union libre. En cas de rupture avec leur conjoint, quatre- vingt-dix-huit pour cent d’entre elles assument la direction d’une famille monoparentale. Alarmant non?

L’éclatement de la cellule familiale et par la suite les rivalités d’intérêts, d’éducation et de caractère suivent inévitablement, quand ce n’est pas tout simplement la méchanceté ou la vengeance. Elles persistent souvent pendant plusieurs années. Ces conflits sont vécus par les enfants comme une blessure intime et violente, peu importe comment ils le manifestent dans leur comportement. Cette séparation est toujours une brisure dans leur vie. L’enfant se retrouve séparé d’une partie de lui-même.
Le divorce est une liberté que chacun a le droit de prendre lorsque cela ne va plus dans la vie conjugale. Par contre, il ne faut pas non plus banaliser le divorce; il est urgent de s’intéresser au point de vue des enfants. Plus ils sont âgés, moins ils reprochent à leurs parents de s’être séparés : quarante-huit pour cent pour les jeunes de dix-huit à vingt-quatre ans contre quinze pour cent pour les plus de cinquante-six ans. Les enfants du divorce ne sont pas plus nombreux que les autres à divorcer eux-mêmes et ils sont tout de même encore soixante-douze pour cent à croire au grand amour.
Si la séparation ou le divorce survient quand l’enfant est très jeune, cela ne semble pas lui poser de problèmes. Que se passe-t-il dans la tête d’un enfant de plus de dix ans quand il se retrouve avec une ou un étranger dans le décor? Si le nouveau ménage apporte la paix, ce n’est qu’un demi-mal. Si, par contre, le nouveau conjoint entre en conflit avec l’enfant, tout le monde en subit les conséquences. Que papa ou maman ne soit plus heureux avec l’autre n’est pas son problème. Tout ce qu’il veut, c’est retrouver sa famille comme avant.

Lorsque dans le couple les rivalités sont le pain quotidien et les points de rencontre inexistants, le divorce devient une lutte continue souvent par avocats interposés. Cette guérilla sournoise est interminable et coûteuse. L’amertume est grande et les frustrations inévitables. C’est alors que les différents intervenants que sont la famille, les amis, les médiateurs et les psychologues peuvent jouer un rôle déterminant pour amortir les chocs et diminuer l’impact des blessures, souvent vivaces et tenaces.

Avant tout, lorsque les enfants sont en cause, il est important de protéger leurs intérêts et leur stabilité émotive, émotionnelle et sociale. Nous ne devons pas oublier que les enfants ne doivent pas servir d’enjeux aux luttes intestines à venir. Ils ne doivent pas en souffrir ni en subir les conséquences.

Le divorce doit rester une affaire d’adultes! R