2014 03-L’État Nounou

Éditorial
L’État Nounou
Daniel Pezat

Vous souvenez-vous de la Révolution tranquille qui nous a donné l’État Providence? Les choses ont bien changé, aujourd’hui nous avons l’État Nounou! L’État Nounou nous protège de tout et de tous. Nous ne sommes jamais responsables et toujours victimes. En outre, le système judiciaire a pris le pas sur la démocratie.

Juste un exemple, en 1998, une femme s’est brûlée la langue dans un Tim Hortons de Montréal en mangeant une soupe peut-être trop chaude. Elle a intenté une poursuite de deux millions de dollars contre la chaîne de restauration; elle a reçu 69 455 $. Qu’il se trouve un avocat pour plaider une cause pareille, je peux le comprendre. Ce sont souvent des rapaces, qui au nom d’une défense pleine et entière, se remplissent les poches; mais qu’un juge veuille entendre cette cause me renverse. La Cour Supérieure du Québec est encombrée par ces poursuites farfelues. La justice est devenue une façon de faire de l’argent pour les exploiteurs de notre système judiciaire. Tout ça, avec la complicité des avocats et des juges. Vous vous doutez bien qui paye la note de ces « folleries »? Nous, bien sûr!

Quand j’étais jeune, nous étions responsables de nos actes et de notre vie. Aujourd’hui, tout cela est fini. Plus tu agis comme un crétin, plus on va te prendre en pitié et te dédommager, au point où même les adeptes des sports extrêmes veulent les pratiquer sans risque. S’il y a un accident, c’est la faute de quelqu’un ou de quelque chose; jamais celle du risque-tout! N’importe quoi peut être prétexte à une poursuite. Dans quelques années, au train où vont les choses, attendons-nous à des poursuites contre leurs parents, de personnes atteintes d’un cancer, pour avoir fumé dans l’auto ou à l’entrée de la garderie, ou pire, pendant la grossesse de la mère.

Nous vivons dans une société très (trop) réglementée. Il y a des règlements pour tout. Nous vivons entre le manque de droit de faire ceci et l’obligation de faire cela. La vie dans les villes est un univers de contraintes; ce dernier a des effets jusque dans nos campagnes. Si un casse-cou se blesse, il n’est pas coupable; c’est la responsabilité de la société qui ne l’a pas protégé suffisamment. Alors on va l’indemniser pour se faire pardonner. Une autre couche de stiro-mousse avec ça?

Le Québec serait-il une société de victimes? Pas facile à écrire, mais je ne vois pas d’autre définition. C’est toujours l’erreur de l’autre, jamais la nôtre. Nous votons pour des politiciens véreux et irresponsables en espérant qu’ils le seront moins que les précédents. Par la suite, on les défend, car c’est notre choix que de se faire mentir et tromper. En victimes consentantes, nous sommes les champions toutes catégories. Si par bonheur une voix s’élève pour dire « c’est assez! » c’est tout de suite la controverse et les insultes. Pas le droit de ne pas respecter la rectitude politique et la langue de bois.

Toujours la sempiternelle présence de l’État Nounou, il me semble qu’un peu d’air ou d’espace nous ferait du bien. Quel sera le prochain règlement, la prochaine contrainte? Tiens, peut-être, une formation et un permis pour faire son bois de fournaise? Je m’ennuie des années 70, quand tout était encore simple. Il y avait moins de bébelles et moins d’interdictions; nous vivions plus librement et plus heureux, je pense.

C’est l’évidence même, pour vivre en société nous devons nous entendre sur un certain nombre de règles. D’où la nécessité des règlements et des lois. Au fil du temps, le judiciaire a pris le pas sur le législatif. Aujourd’hui, nous nous retrouvons avec des situations loufoques où personne ne se sent responsable de rien et où on blâme les autres. L’intelligence, le bon jugement, le simple principe de prudence n’ont plus droit de cité. La justice a préséance sur le bon sens.

L’État Nounou, en voulant nous protéger, nous étouffe et nous infantilise! R

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