2014 06-Pour des élections plus justes

Éditorial
Pour des élections plus justes
Daniel Pezat
Au mois de mars dernier, le Québec a vécu au rythme d’une campagne électorale. Nous avons voté. La population s’est exprimée et a choisi ses représentants à l’Assemblée nationale (AN). Dix-neuf formations politiques étaient en lice. Les cent-vingt-cinq sièges à l’AN seront occupés par les représentants de seulement quatre partis. Avec notre mode de scrutin actuel, ce n’est pas le parti qui a recueilli le plus de votes qui l’emporte mais celui qui a fait élire le plus de candidats. Il y a là, à mon sens, un véritable déficit démocratique.

Notre façon de tenir des élections au Québec est archaïque et ne reflète plus toutes les tendances de notre société. Depuis plus de deux cents ans, nous pratiquons un mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour (SMU), hérité de l’empire colonial britannique. Il est apprécié pour sa simplicité et sa capacité à former des gouvernements stables.

Quand un parti est majoritaire, autant dire qu’il a un pouvoir absolu. (Voir l’actuel gouvernement canadien). « Si le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument! » Au Québec, la corruption est un fléau et une conséquence directe de cet absolutisme. Un seul remède à de telles situations : la représentation proportionnelle (RP) ou, si vous préférez, le scrutin proportionnel.

L’idée n’est pas nouvelle, elle se pratique dans plusieurs pays. Au Québec, c’est une promesse qui a été faite à l’occasion de campagnes électorales passées. Au lendemain du vote, le projet est retourné dans les limbes. Les partisans du SMU oublient que le rôle principal d’une élection n’est pas simplement la loi de la majorité. Le SMU est en réalité un obstacle au bon fonctionnement d’une démocratie représentative.

Par le passé, à cause de résultats électoraux « tordus », des tentatives de réforme ont été avancées. Elles proposent un modèle de représentation proportionnelle. Le SMU vise la stabilité politique et le confort des grands partis traditionnels. La RP fait primer la représentation sur le pouvoir. L’adoption d’un système proportionnel est indispensable pour favoriser le respect de la volonté populaire.

Les résultats de la dernière élection québécoise sont un bel exemple de distorsion. Le Parti libéral du Québec (PLQ) a obtenu 1 757 071 votes et soixante-dix des cent-vingt-cinq sièges de l’AN. Les trois autres principaux partis : le Parti Québécois (PQ), la Coalition Avenir Québec (CAQ) et Québec Solidaire (QS) ont remporté 2 372 851 votes, mais seulement cinquante-cinq sièges. Les quinze autres partis en lice ont, pour leur part, obtenu 92 785 votes et aucun siège. Si un mode de scrutin proportionnel avait été utilisé en mars dernier, les résultats auraient été tout autres. Avec le même nombre de voix, la répartition des sièges ressemblerait à : PLQ 52, PQ 29, CAQ 27, QS 10 et les quinze autres partis se seraient partagés sept sièges.

Le mode de scrutin actuel fait peu de place aux femmes; pourtant, elles constituent la moitié de la population. À la dernière élection, elles n’ont obtenu que trente-trois sièges sur cent-vingt-cinq à l’AN. Leur proportion y est bien inférieure à celle de la plupart des pays qui ont adopté la RP. En effet, l’utilisation d’un système de liste de candidats permet aux partis de faire en sorte que leurs candidates soient bien placées pour l’emporter.

Le manque de représentativité du SMU va à l’encontre d’une saine vie démocratique. Il entraîne une diminution de la participation électorale et conduit au cynisme, surtout chez les jeunes. Le SMU ne donne pas à l’électorat une réelle influence sur les résultats du scrutin. Une grande partie des québécois voit le vote comme inutile. De plus, il décourage les électeurs qui désirent voter pour des petits partis peu susceptibles de l’emporter.

Dans un gouvernement de coalition, les partis sont obligés de coopérer et de s’allier avec un ou d’autres partis pour former un gouvernement. Ceci donne l’assurance que les gens au pouvoir posent des gestes qui sont plus près des aspirations de la population; éliminer les gouvernements majoritaires en favorisant plutôt des gouvernements de coalition serait un grand pas vers une véritable représentativité.

Certains pensent que la RP encouragerait la formation de gouvernements instables. Pourtant, les pays scandinaves et l’Allemagne qui utilisent la RP témoignent de leurs réussites économiques et ont une stabilité politique enviable. Rien ne prouve que coalition rime avec instabilité. Bien au contraire. R

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