2014 09-Pas comme les autres

Éditorial
Pas comme les autres
Daniel Pezat

Raymond Gravel, l’abbé Raymond Gravel est décédé le 11 août dernier.
Homme de foi et de parole, mais avant tout un humaniste.

Il nous laisse un beau message d’espoir pour l’avenir de notre espèce. Il avait fait le saut en politique. Membre du Bloc Québécois, il a siégé à la chambre des Communes, à Ottawa, durant deux ans. Il avait dû démissionner sous les pressions de la droite religieuse anglophone.

Comme  la plupart d’entre nous, je ne l’ai jamais rencontré. Je ne le connaissais qu’à travers le petit écran. Ses interventions étaient toujours empreintes d’optimisme. Si sa foi ne faisait aucun doute, par contre, sa vision de l’Église et sa façon de vivre sa religion sortaient des sentiers battus. Je ne veux pas, à la lumière de ses propos, faire ici le procès de l’Église catholique. Il n’en demeure pas moins qu’il s’interrogeait sur l’avenir de celle-ci. Ses prises de position sur l’avortement, l’aide à mourir dans la dignité, l’accès à la prêtrise pour les femmes ou l’homosexualité me rassuraient sur le devenir de notre société.

Il avait probablement dépassé les apparences et les préjugés et fait l’expérience de ce qui est au cœur de son Église, la compassion. Il venait d’un milieu défavorisé. Il avait peut-être découvert dans l’Église une maison et un père qui l’accueillait. Il ne pouvait pas rejeter sa famille adoptive, même s’il n’était pas ignorant de ses défauts.

Il avait sûrement trouvé dans cette communauté des vertus qui le rejoignaient profondément : la commisération et le service auprès des démunis. Ça l’avait amené à prendre parti, entre autre, pour les victimes de viols, d’exclusion sociale ou de maladies incurables. Grâce à lui, le visage de Dieu n’était pas seulement celui du père Fouettard. C’est aussi par son travail de bonté qu’il essayait de donner un peu d’espoir à notre société. Il ne faisait qu’enseigner le message de Thomas d’Aquin. Les principes moraux ne sont pas des règles mathématiques. En mathématique, on apprend une formule et par la suite, on l’applique mur-à-mur. En morale, dans la vraie vie, l’application des principes peut changer.

Il ne craignait pas de dire,
non pas ce qui convient,
mais ce qui est vrai.

Ses combats étaient souvent controversés. Il est loin de les avoir tous gagnés (l’indépendance du Québec n’est pas pour demain, la popularité de l’Église est encore faible, l’homophobie existe encore, etc.), mais c’est un homme qui passera probablement à l’histoire à cause de son caractère unique et l’importance qu’il a eu dans différentes fonctions.

Comme cela a été dit à ses obsèques, c’était un prophète. Il en possédait les qualités indispensables dont celles d’avoir servi à mobiliser des forces constructives. La langue de bois n’était pas son mode d’expression favori. Il ne craignait pas de dire, non pas ce qui convient, mais ce qui est vrai. Son visage était celui de l’amour de ses semblables. Un rayon de soleil et d’espérance dans la vie des pauvres, des malades, des affligés et des exclus. Dans notre société marchande ou le dollar est roi, Raymond Gravel était devenu, au fil du temps, un phare rassurant. Nous sommes tous différents les uns des autres; pourquoi ces différences deviennent-elles des barrières?

C’était un homme libre. Cette liberté le rendait plus humain, plus juste, plus solidaire. Par cela, il rendait les autres plus libres. Il voulait les femmes et les hommes fiers de ce qu’ils sont, plus vrais, des êtres qui se tiennent debout dans la vie. Il refusait une réalité inacceptable. Il était un empêcheur de penser en rond, qui déplaît à ceux qui se complaisent dans un immobilisme stérile. Cet homme fait partie des constructeurs de notre nation. Soyons heureux et digne de son héritage. Son sens de l’inclusivité est tout à son honneur. Il restera un miroir de notre humanité. Il me rappelait ces aumôniers de la JOC (jeunesse ouvrière catholique) que j’ai connus à la fin des années 60; des personnes proches du vrai monde, proches des réalités de la vie, des gens simples et souvent démunis face à une société déjà de consommation et individualiste.

Parmi tous les moutons qui ne cessent de se prosterner devant d’autres hommes, Raymond Gravel était pour certains un mouton noir, un rebelle. Pour moi qui suis athée, ce mouton noir était un humaniste de la sorte dont nous avons tant besoin. R

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