2015 06-La radicalisation

Éditorial    
La radicalisation
Catherine Bouffard

Qu’est-ce qui pousse tant de jeunes hommes et de jeunes femmes à aller rejoindre les rangs des djihadistes islamiques? Quelles sont les raisons qui les motivent à vouloir devenir des terroristes? Sont-ils des gens ayant besoin de se valoriser ou s’ils voient-là l’occasion de servir une noble cause? Ont-ils un quelconque trouble mental? En tant que citoyens pacifiques, comment pouvons-nous vivre en paix aux côtés de ces extrémistes?

Mais tout d’abord, la définition du djihadiste : celui qui pratique le djihad. Le djihad est un devoir religieux signifiant effort, lutte, résistance tant au niveau spirituel qu’avec des armes. Cette dernière interprétation a peut-être servi d’argumentation au fil des ans pour promouvoir des actions contre leurs opposants.

De plus en plus de recherches et de théories se penchent sur ce mouvement. Selon certaines données, il n’existe pas un profil spécifique de terroriste. On ne peut pas prédire qui ou même quel genre de personne peut le devenir. Les recherches démontrent qu’il n’y a pas plus de gens affectés d’une maladie mentale qui deviennent terroristes que ceux présents dans la population en général. Même s’ils commettent des crimes horribles, ils ont rarement le profil des psychopathes classiques. Ils peuvent venir de toutes les couches de la société et ne sont pas nécessairement moins éduqués que les gens du même âge.

Les scientifiques sociaux, les organisations qui appliquent la loi et les agences spécialisées s’entendent pour dire que le terroriste vient d’un processus dynamique appelé radicalisation. La radicalisation est l’adoption pour soi ou inculquer aux autres un engagement à un système de croyances radicales et de l’imposer à ceux qui n’ont pas les mêmes croyances. La fin de ce processus est d’utiliser la violence pour imposer leurs croyances au reste de la société. Ce ne sont pas tous les extrémistes qui vont jusqu’à se radicaliser. On peut être extrémiste sans être violent.

Les spécialistes qui étudient ce phénomène ont noté trois facteurs communs chez ceux qui se joignent à ce genre de groupes : soit en réponse à une injustice ou une humiliation, un besoin d’identité et un besoin d’appartenance. Selon une étude, 20 % de ces gens plus vulnérables sont sous la gouverne d’un mentor spirituel qui va les guider à travers le processus de radicalisation. Ils seront entrainés à développer leurs habiletés destructrices. Une autre façon de faciliter le recrutement et leur engagement à ces groupes est par internet.  Il y a sept ans, environ 30 sites de recrutement de terroristes existaient. Aujourd’hui, on en compte plus de 200.

Auparavant, quand on entendait parler de terrorisme, on pouvait se dire que ça n’arrivait que de l’autre côté de l’Atlantique. Ce n’est plus vrai. On sait aussi que ce ne sont pas seulement des gens d’origine arabe qui en font parti. Des Canadiens et des Américains se convertissent à l’Islam pour rejoindre ces groupes. Plus près de nous, à Montréal, Laval et même Sherbrooke, on a entendu parler de jeunes qui ont quitté le pays dans le but d’aller se battre pour défendre leur idéologie.

Que peut-on faire pour lutter contre ce phénomène de radicalisation? En étant plus à l’écoute de nos jeunes, de leurs besoins fondamentaux (amour, appartenance, reconnaissance, etc.)? En utilisant un leadership positif envers eux, on peut sûrement les outiller à être des adultes responsables qui possèdent une bonne estime personnelle et de la confiance en eux. Ce n’est probablement pas suffisant, mais ça ne peut pas nuire. Que ce soit les parents, les grands-parents, les enseignants et même les employeurs, chacun peut avoir une influence positive sur ces jeunes qui se cherchent.

Montréal a créé un centre contre la radicalisation où plusieurs professionnels mettent leurs expertises à profit. Ils proviennent tant du secteur de la santé, des milieux communautaires, scolaires et institutionnels, que du secteur de l’emploi et de la recherche. Mais est-ce que ce sera suffisant? Jusqu’à quel point pouvons-nous réhabiliter une personne profondément enracinée, endoctrinée dans un mouvement aussi puissant? Sommes-nous trop permissifs au Québec? Devrions-nous penser à cesser les accommodements raisonnables? Il ne faut pas oublier que leur but est de dominer le monde entier, car eux-seuls détiennent la vérité. Leur vérité, pas la nôtre. Une chose est certaine, c’est un dossier qui nous concerne tous, et qu’il ne faut  pas prendre à la légère. R

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