2015 10-Se sauver pour sauver sa vie.

Éditorial    
Se sauver pour sauver sa vie.    
Suzanne Paradis

Vous avez été tout comme moi sensibles aux milliers de personnes qui ont bravé la Méditerranée dans des rafiots ou dans des coquilles surchargées pour oser atteindre un pays d’Europe. Au-delà de 520,000 personnes de la Syrie, de l’Irak, de l’Iran et de l’Afghanistan se sont mis en marche pour quitter une terre bouleversée par la guerre ou par le califat du groupe État Islamique avec l’espoir de trouver asile dans une terre plus clémente.

Des gens de tout âge marchant des jours et des jours avec, pour tout bagage, un sac à dos. Des parents qui transportent leurs enfants ou poussent un fauteuil roulant où prend place une personne souffrant d’un handicap. Voilà comment ces migrants ou réfugiés se sont mis en route pour sauver leur vie. Toutes ces images m’ont amenée à une réflexion.

Si moi j’avais à quitter mon chez-moi dans une urgence où ma vie est en danger, qu’est-ce que je mettrais dans mon sac à dos? Ouf! Quelle question… Cela me fait penser à une technique de choix de candidats pour un emploi ou pour déceler les  compétences psychosociales d’un candidat, où le jeu consistait à apporter avec soi cinq objets sur une île déserte. C’est un jeu, mais pour ces gens, c’est la triste réalité.

Sur la route de l’exil, il faut se nourrir, boire, se protéger des intempéries, du froid et peut-être des autres, qui comme moi, errent sur les routes. Je dois aussi avoir des documents d’identité, d’expérience de travail ou d’outils pour recommencer mon métier ailleurs; des souvenirs de ma vie antérieure, des médicaments, des produits d’hygiène, du papier, un crayon, mes lunettes, un livre, et  j’en passe. Pensez-vous que j’ai mis le tout dans un petit sac à dos? Surtout dans la tranquillité de mon coin de paradis? Et vous, que mettriez-vous dans votre sac à dos?

Nous vivons ici, au Canada, dans l’abondance, dans la paix, dans la sécurité. Nous accumulons de nombreux biens. Je m’en suis rendue compte lorsque j’ai déménagé à Lingwick. Mon conjoint et moi avions chacun une maison, une vie derrière nous et oui, nous avions accumulé beaucoup. Ici, tous nos besoins selon la pyramide de Maslow, sont comblés : besoins primaires (faim, soif, sommeil), besoin de sécurité, d’appartenance et d’amour, besoin d’estime et enfin accomplissement de soi. Par contre, sur les routes, les réfugiés ne peuvent même pas satisfaire leurs besoins primaires.

Je viens de terminer un petit livre sur la gratitude. Remercions-nous assez la Vie, la Providence, Dieu, l’Être suprême, l’Esprit, de tous les bienfaits dont nous jouissons? « La gratitude donne le pouvoir de considérer les aspects positifs de la vie et développe chez ceux qui la pratiquent la capacité d’apprécier tous les bienfaits, si petits soient-ils, qui constituent cette expérience qui se nomme la vie. »¹

Notre pays n’est pas parfait, il y a des améliorations à apporter. Cependant, il nous offre la chance de vivre paisiblement et dans l’abondance. En cette période des récoltes, n’est-il pas le temps d’être en action de grâces? R

Référence : ¹La Gratitude, savoir et oser l’exprimer,
Rosette Poletti et Barbara Dobbs, éditions Jouvence, 2009, p.18

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