2017 04-Tempête de neige et panne de communication

Éditorial     Tempête de neige et panne de communication     André Mathieu

On l’appelle la tempête de l’année mais celle de 1971 n’est pas dépassée pour autant. Montréal fut paralysée au complet, toutes les rues. Pas d’autos, pas d’autobus, seul le métro fonctionnait. Il y avait des motoneiges partout et personne ne fut prisonnier de sa voiture pendant douze heures. Je ne pense pas que le premier ministre du temps soit intervenu pour donner ses directives. L’urgence de la situation suffisait pour décider des mesures immédiates à prendre.
Quarante-cinq ans plus tard, avec toute la facilité à communiquer qu’on connaît, c’est le cafouillage le plus complet. Les trois ministres accusés (par l’opposition, il va sans dire) n’ont rien à décider s’ils ne sont pas avisés du problème. La police est le premier niveau d’alerte dans ces cas. La police était sur place et n’a pas transmis l’état de la situation en plus haut lieu. Un supérieur de la Sûreté du Québec (SQ), le capitaine Michel Lapointe, était absent et non disponible, pour cause d’occupations reliées à son second travail. Peut-on croire qu’il soit la seule personne qui pouvait agir à ce moment-là à la SQ? La police s’empresse de trouver un coupable : un camionneur qui refuse de se faire remorquer et celui-ci a un dossier en Ontario. Candidat idéal pour cacher l’incompétence des policiers.

L’autoroute 13 a été bloquée pendant douze heures. Peut-on penser que les trois cents prisonniers dans les voitures n’ont pas téléphoné à de multiples reprises dans les trois ou quatre premières heures pour avoir du secours ou à tout le moins se faire rassurer? Résultat : on les a laissés attendre pendant douze heures dans l’incertitude. La police est le premier répondant aux appels d’urgence. C’est leur responsabilité d’aviser les autres niveaux d’intervention, pompiers, voirie, sécurité publique, médias, ministres, etc. Imaginez, la voie inverse de la route est libre pour circuler et on les fait attendre douze heures.
Bonne nouvelle : une enquête sera faite, enquête sur le travail des policiers, par des policiers. Les résultats sont prévisibles : le système est le responsable. De même que la mentalité est difficile à changer à la police, ça prendra de cinq à dix ans selon le chef de police de Montréal.

Trois journalistes du Journal de Montréal ont commenté, trois jours après la tempête. Joseph Facal pense que deux échecs aux référendums (1980 et 1995) sont liés au désintéressement des québécois, que le Québec a basculé dans une léthargie… M. Facal, vous avez trop fumé ou quoi, pour dire des sottises pareilles? Mme Bombardier et M. Martineau y vont de théories tout aussi abracadabrantes, à savoir que plus il y a de gens impliqués moins on reçoit d’aide et que l’incompétence est généralisée et non pénalisée dans les services en cause lors de cette tempête. Je dois répondre à ces journalistes que les premiers intervenants sont les policiers et qu’ils sont suffisamment payés pour faire leur travail. Inutile de mettre tout le Québec dans le même sac et d’en arriver à ne trouver d’autre coupable que le système.

En attendant la fin de l’enquête, nous pouvons nous consoler, la police enquête sur elle-même et les journalistes vont espérer trouver une autre explication au problème. Bravo la police et bravo les journalistes. Une chance que vous êtes juste au Journal de Montréal. Le journaliste Andrew Potter a démissionné de son poste après avoir noté l’absence de solidarité de la société québécoise qu’il qualifie de pathologiquement aliénée. Il a écrit ça dans McLean’s, à la suite de la tempête. C’est évident qu’une tempête peut être encore pire que la neige seule! R

Erratum édito de mars 2017 : 375e de Montréal et non 350e.