2017 10-Notre eau en danger

Éditorial     Notre eau en danger!     Danielle Leclerc

L’eau chez nous, c’est naturel, c’est normal. Elle est toujours à portée de main, nous n’y pensons même plus. Notre beau territoire campagnard regorge de veines, de sources d’eau. Nous élevons nos familles, nos animaux et nous arrosons nos cultures. Quand nous n’y avons plus accès, nous réalisons combien nous l’utilisons continuellement. Ce liquide, que nous avons en très grande quantité au Québec, aux yeux du gouvernement ne semble pas aussi précieux au même titre que les autres richesses naturelles.

Voilà qui est très préoccupant.

Le 10 décembre 2016, le gouvernement Couillard et son ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, faisaient adopter sous le bâillon la Loi 106. Cette première loi  au Québec sur les hydrocarbures accorde le droit d’utiliser la fracturation hydraulique. Le 20 septembre 2017, on dépose quatre projets de règlements dans la Gazette officielle qui précisent certaines modalités pour l’encadrement de projets d’exploration et d’exploitation de pétrole et de gaz. Un des projets ouvre la possibilité d’exploitation en milieu hydrique (lac, cours d’eau à débit régulier ou intermittent). Le projet  prévoit des dispositions pour encadrer les futurs forages, avec ou sans fracturation.

Un article paru dans la Gazette officielle N° 38, du 20-09-2017, touche Lingwick, plus particulièrement : « 64. Le titulaire de l’autorisation ne peut positionner le collet d’un sondage stratigraphique à moins de 150 m de tout bâtiment de moins de trois étages ou ayant une superficie de plancher inférieure ou égale à 10 000 m2 ». « À  moins de 175 m d’une concentration d’activités résidentielles, commerciales, industrielles ou de services… ». « Le ministre peut toutefois permettre la réduction des distances si le titulaire de l’autorisation lui démontre qu’une mesure de protection efficace permet de réduire les risques. »

De plus, le gouvernement veut limiter la responsabilité des entreprises. En cas d’accident ou de désastre environnemental, les coûts à assumer seraient énormes. Les citoyens devraient alors payer la note avec leurs taxes et impôts! L’entreprise privée fautive serait exonérée!

Pour avoir le droit d’exploiter un sous-sol, terrestre ou hydrique, les entreprises doivent se procurer des titres miniers (claims), ce qui est extrêmement facile. Le site Gestion des titres miniers (GESTIM), administré par le ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF), donne la possibilité à n’importe qui, où qu’il se trouve dans le monde, de mettre la main sur des claims miniers en territoire québécois. C’est ce qu’on appelle le click and claim. Le site offre même un guide d’utilisation pour faciliter la tâche à ceux qui voudraient acquérir de telles concessions. Près d’ici, la minière Bowmore (mine d’or) a ainsi pu se procurer des claims qui couvrent notamment la petite municipalité de Saint-Camille, opposée à tout développement minier.

Une entreprise minière de Colombie-Britannique a aussi mené l’an dernier des travaux d’exploration à partir de relevés aériens au-dessus d’un petit village où elle possède des titres miniers : Saint-Élie-de-Caxton, village de Fred Pellerin. Inquiet, le conseil municipal a adopté une résolution afin de s’opposer à tout développement minier sur son territoire. Au Québec, une telle résolution n’a aucun poids légal!

Selon le Regroupement vigilance hydrocarbures, il y a au Québec près de trois cents municipalités qui réclament une dérogation auprès du gouvernement provincial pour mieux protéger leur eau potable. Le gouvernement refuse aux municipalités la possibilité d’imposer des règles plus stricts que ceux du Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection (RPEP). Pourtant, des données scientifiques suggèrent une distance minimale séparatrice de 2 km entre les puits et les zones habitées.

Notre municipalité a contribué au fonds de défense d’un petit village de la Gaspésie qui tente de se défendre contre Goliath. Notre canton aussi est identifié comme étant exploitable. Aurions-nous quelque support si nous devions faire face à ce type d’invasion? Les individus peuvent même être expropriés pour permettre à une compagnie d’exploiter sur une propriété privée. Où aller chercher des appuis?

Le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, Terre-Neuve, le Vermont,  l’état de New York et du Maryland tout comme la France, l’Allemagne, l’Irlande et d’autres pays ont interdit la fracturation hydraulique.
De plus, l’Agence de protection de l’environnement (EPA) des États-Unis a identifié des cas de contamination de l’eau potable à toutes les étapes de la fracturation.1

On peut constater que notre gouvernement protège davantage les pétrolières et les gazières que la population et l’eau potable. Pourtant, l’eau est une richesse inestimable pour nous et pour les générations à venir. Elle aura peut-être un jour bien plus de valeur que le pétrole. Le gouvernement pourrait prendre des dispositions afin de la protéger. Ce n’est pas la mer à boire!

Quelle possibilité de recours reste-t-il aux individus lorsqu’un gouvernement prend des décisions qui lèsent leurs droits? Le vote électoral et La Gazette officielle du Québec qui précisent : « Toute personne intéressée ayant des commentaires à formuler à ce sujet est priée de les faire parvenir par écrit, avant l’expiration du délai de 45 jours mentionné… »2 .

Nous avons  jusqu’au quatre novembre 2017. R

1  (United States Environmental Protection Agency
2016-12-13 www.epa.gov/hfstudy).

2  À madame Luce Asselin, sous-ministre associée à l’Énergie et aux Mines, ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles,
5700, 4e Avenue Ouest,
bureau A-407, Québec,
QC, G1H 6R1