2018 02-La culture

Éditorial     La culture     André Mathieu

Rien à voir avec les semis et les récoltes. Rien à voir non plus en ce qui concerne les manifestations artistiques ou intellectuelles qui distinguent une société. Cependant, on est souvent mis devant le fait de cultures qui sont bien différentes : par exemple, la culture du laisser-aller, de la négligence, la culture des médias sociaux, la culture du viol, la culture de la police, etc. On utilise le mot culture pour qualifier toutes sortes de vices ou d’anomalies de notre société. La responsabilité d’un acte ou de la conduite des individus est souvent plus liée à la culture du groupe auquel ils appartiennent qu’à l’individu lui-même.

La culture du laisser-aller et de la négligence a bien été mise en évidence tout au long de l’automne dernier avec le procès des employés de la MMA suite à la catastrophe de Lac-Mégantic. La compagnie et ses directeurs ont fait preuve de peu de professionnalisme en transportant des wagons de pétrole avec si peu de surveillance et avec un seul conducteur. Le ministère fédéral des Transports a autorisé les procédures de la compagnie. Tout le monde impliqué est responsable; les trois employés ont été poursuivis et blanchis de la négligence criminelle dont on les a accusés. Responsables quand même, on l’a constaté suite au procès qui a suivi à Lac-Mégantic. Est-ce qu’il aurait suffi de deux conducteurs de ce train pour éviter la catastrophe? On aurait peut-être eu le même laisser-aller à deux, en attendant le pire. La preuve est que bien plus que deux personnes ont fait preuve de négligence (le ministère, la MMA, les employés du train, leurs superviseurs, etc).

Laisserait-on les écoliers circuler avec des chauffeurs aussi peu soucieux de la sécurité, du respect des lois et des procédures liées à leur métier?

Qu’est-ce que cette culture du laisser-faire et d’attendre que le malheur arrive? Il n’y a pas de raisons de bâcler son travail et de blâmer le système ensuite.

La culture du harcèlement sexuel et des gestes inappropriés allant jusqu’au viol a été mise en évidence dans la dernière année. C’est le #moiaussi qui a finalement permis à de multiples victimes de s’exprimer sans faire de poursuites en justice et devoir étaler leurs antécédents sexuels personnels. Dans le passé, au lieu de juger l’agresseur, on a souvent jugé le passé de la victime. Les universités et les collèges ont fermé les yeux sur des comportements sexuels abusifs qui se produisaient lors d’initiations et de carnavals où  boissons et drogues étaient souvent (pour ne pas dire toujours) présentes. Les responsables de ces écoles n’ont pas réagi, c’est de là qu’est venue l’expression culture du viol. Dans tous les milieux, c’est possible, comme on peut le constater aujourd’hui : la politique, les affaires, l’éducation, le milieu du spectacle… partout où il y a des hommes et des femmes. Si, en plus, des gens de pouvoir qui se pensent intouchables veulent en profiter et risquer de ruiner leur nom et carrière… il n’y a pas de limite à la bêtise, on le voit bien maintenant. Cette culture du harcèlement sexuel qu’on cachait dans le passé est en voie de devenir plus dangereuse pour ses profiteurs.

La politique n’est pas en reste, les bulletins de nouvelles sont toujours là pour nous tenir au courant de tout. Peut-on parler de culture des promesses électorales? Ces promesses dont personne ne se souvient tant elles sont volatiles, des écrans de fumée. Heureusement, pas cette fois-ci. Trudeau-fils n’oublie pas. La promesse de n’ajouter aucune nouvelle taxe a été défendue par la ministre Joly. Tous les médias existants sont taxés sauf Netflix. Pourquoi? Difficile à gober. Est-ce que la légalisation du cannabis, qui est un nouveau produit (légal, on s’entend), va apporter de nouvelles taxes? En toute logique, un nouveau produit n’impliquerait aucune nouvelle taxe. Pas du tout : le fédéral, le provincial et les municipalités veulent tous partager l’assiette au beurre de cette nouvelle taxe. La promesse de légaliser le pot sera tenue, on peut en être certain. Les producteurs de pot qui sont en affaire investissent à coups de milliards pour produire plus, de nouveaux venus investissent en grand nombre aussi. Des milliards aussi. Il n’est pas un jour où on n’apprend pas les noms de nouveaux investisseurs : beaucoup de gens liés au parti libéral dans le passé, ex-ministres et autres qui sont au courant. Des fonds, provenant des paradis fiscaux et dont les propriétaires ne sont pas identifiés (ex-ministres ou membres du crime organisé, on ne sait pas), arrivent de partout.

Peut-être que Weedon est en retard avec son projet. On leur promet le plus gros projet de serres de cannabis au pays, rien de moins. On serait sceptique à moins.

Statistique Canada se mêle de prédictions pour le pot : elle prévoit un marché de 5,9 milliards pour tous ces producteurs. Chaque fumeur de pot va en consommer pour 1200 $ par année ou 100 $ par mois. Jusqu’ici ça va, sauf que Statistique Canada estime que 4,9 millions de Canadiens (1 canadien sur 7 est consommateur selon Statistique Canada) vont fumer du pot légal. Par un miracle, le pot illégal ne sera plus sur le marché.

C’est probablement la culture du pot (ce qui flotte dans l’air) qui affaiblit les facultés des gens de Statistique Canada. Les Canadiens de moins de 18 ans et les plus vieux ne seront pas consommateurs, et dans tous les autres, il faudrait 1 fumeur de pot sur 3 ou 4 Canadiens; difficile de comprendre; les gens de Statistique Canada respirent un air différent de celui que nous tous respirons.

La culture du pot ferait voir la vie en rose? R