2018-06-Mesures dépassées, Danielle Leclerc

Éditorial : Mesures dépassées, Danielle Leclerc

Les coûts en CHSLD, des mesures dépassées

Elle est très loin, l’époque où les gens faisaient le choix d’être placés en centre d’hébergement et s’y rendaient eux-mêmes avec leur voiture. Quand on y pense, cela nous fait sourire. Mais aujourd’hui, ce sont les règles de calcul de la contribution à payer lorsqu’on vit en centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) qui sont ridicules!

Dans les faits, le centre d’hébergement public, ou CHSLD, est maintenant une option ultime. Seules les personnes pour qui aucun autre choix n’est envisageable y sont orientées. La clientèle y est donc très lourde, c’est-à-dire qu’elle nécessite de nombreux soins, qui doivent être prodigués de façon intensive. Selon les données de l’Institut national de la santé publique du Québec pour 2011, moins de 3 % de la population de 65 ans et plus vivait en CHSLD.  Ce qui signifie que la plupart d’entre nous n’irons  jamais vivre dans ces établissements.

Ceci dit, ce n’est pas parce que le pourcentage est petit que l’on peut se permettre de tolérer des mesures qui perpétuent de choquantes iniquités.

« Placer » un proche qui présente une très grande perte d’autonomie dans une résidence privée pour aînés coûte extrêmement cher (plus de 3 000 $ par mois). Comparativement à cela, en regard de tous les services qui y sont offerts, le prix demandé en centre d’hébergement public est plus accessible. Il en coûte mensuellement 1 867,50 $ à un résident pour une chambre simple, 1 560 $ pour une chambre double et 1 162,50 $ pour une chambre à plus de deux lits. Ces coûts sont raisonnables, car ils sont subventionnés par l’État et ils sont indexés tous les ans d’environ 3 %.

Ce ne sont pas tous les contribuables qui ont les moyens de payer ces montants. Le législateur, dans sa grande sagesse, a pensé à des mesures pour favoriser les personnes les plus démunies. Mais ces mesures remontent à 1983! C’est là où le bât blesse. Pensez-vous que le coût de la vie d’alors était le même qu’en 2018? Bien sûr que non.

Par exemple, une des mesures est le programme d’exonération. Il s’agit d’une exemption de payer en tout ou en partie le coût de l’hébergement.

Ce programme est géré par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ). Le pourcentage d’exonération influencera le montant de pension que recevra la personne. On calcule la contribution que le résident devra payer pour son hébergement. À cet effet, il a été établi que les avoirs d’une personne ou d’un couple, si la personne hébergée n’est pas célibataire, ne doit pas dépasser 2 500 $ pour qu’elle ait droit au calcul en vue d’une exonération, qui peut être totale ou partielle.

Or, ce maximum d’actifs n’a jamais été indexé depuis 1983. Selon le calcul de l’inflation de la Banque du Canada, la valeur du dollar de 1983 doit être multipliée par 2,3223 pour donner une idée de sa valeur actuelle. Ainsi, le plafond utilisé de 2 500 $ devrait plutôt être de 5 805,75 $.
De plus, si la personne a une propriété, celle-ci ne doit pas dépasser 40 000 $ et tout ce qui dépasse ce montant sera calculé, selon un pourcentage, comme étant de l’avoir liquide. Combien représente cette valeur en 2018? 92 892 $.

Non seulement ces montants auraient dû être indexés, mais des modifications auraient aussi pu être apportées. Par exemple, augmenter le plafond des avoirs s’il s’agit d’une personne qui vit en couple. Car la personne dont le conjoint est hébergé doit continuer à vivre, à payer son loyer. Elle se voit dans l’obligation de réduire sa qualité de vie pour réussir à payer l’hébergement de son conjoint. Le gouvernement provincial, par l’intermédiaire de la RAMQ, considère les avoirs des deux membres du couple comme étant des vases communicants. Pourquoi ne les considérerait-il pas comme étant célibataires, comme le fait le gouvernement fédéral pour la pension du Canada avec sa mesure de séparation involontaire?

Le laxisme face à une refonte de ces mesures est déconcertant. Les gouvernements successifs n’ont jamais considéré ce problème comme étant prioritaire. Pourtant, dans les discours électoraux, on se targue de vouloir protéger les droits des personnes âgées. Qu’en est-il réellement? Est-ce que les personnes hébergées et leurs proches représentent à leurs yeux un potentiel négligeable de votes? Attention! Les gens de 65 ans et plus seront de plus en plus nombreux et de mieux en mieux informés pour défendre leurs droits. Il ne faut pas rester muet! R