2010 12-Vieillir au Québec

Éditorial de Daniel Pezat : Vieillir au Québec

Depuis plusieurs mois, les conditions de vie de nos aînés soulèvent des questions à travers le Québec. Je me demande si nos vieux sont en sécurité, tant dans les centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) qu’en résidences privées. On assiste à une augmentation de 39 % des plaintes de citoyens inquiets, en ce qui a trait aux services sociaux et à la santé. Parmi les situations urgentes, il y a celles qui touchent les personnes âgées et vulnérables qui comptent sur les services publics pour assurer leur sécurité et leur bien-être dans les CHSLD.

Une autre situation préoccupante : les résidences privées pour aînés. Le gouvernement certifie des résidences et par la suite, il ne vérifie pas la qualité des services qui y sont donnés. En principe, toutes les résidences privées pour gens du troisième âge devaient recevoir une certification avant le mois de mars 2010. Aujourd’hui encore, 20 % d’entre elles continuent de fonctionner sans certification.

Des histoires d’horreur sont régulièrement mises au jour. Des soins inappropriés, la malpropreté des lieux, l’hygiène au quotidien des patients, la sécurité des personnes, la peur que les pensionnaires âgés ont des menaces et des mauvais traitements s’ils font une plainte. Les gens lucides et ceux souffrant de troubles mentaux mis dans le même service. « …Par souci d’économie, on réveille les pensionnaires et on les fait déjeuner à 5 h 30 pour ensuite les recoucher… », s’indigne Mme Johanne Galipeau, d’Action autonomie. « …Cette situation est dénoncée depuis plus de dix ans et rien n’est corrigé… »

Un seul bain par semaine pour nos vieux. Qui me dira qui a décidé de ne donner qu’un seul bain par semaine aux gens en CHSLD? Y a-t-il un seul député à l’Assemblée nationale qui ne prend qu’un bain par semaine? Belle société, bel avenir pour les plus vieux d’entre nous! Dans bien des cas, le manque de visites de la famille aggrave considérablement les choses. L’isolement et la solitude s’installent. L’oubli n’est pas loin. Nos aînés, les vrais grands bâtisseurs du Québec, ne méritent pas le sort qu’on leur réserve. La garde forcée, l’isolement et la contention affectent grandement leur santé. Des gens sortent brisés par ces pratiques. Les résidences, publiques ou privées, ne sont-elles que des mouroirs?
Dernièrement, une dame de 84 ans a déclaré à la ministre de la Santé et des Services sociaux : « Mme la ministre, vous savez, quand je parle, personne ne m’écoute, quand je passe, personne ne me regarde. Je suis invisible. C’est ça, vieillir au Québec. » Tout le drame du vieillissement est là! Il est évident que cet isolement n’a pas été choisi, il est imposé par une société qui refuse de vieillir et nie la vieillesse. Avant d’entrer sur le marché du travail, les individus ne sont rien ou presque. Une fois qu’ils en sont sortis, à nouveau, ils ne sont rien ou presque. Le capitalisme qui sert de structure sociale en est le grand coupable.

La vieillesse, ça se prépare. Il est fini, le temps de la chaise berçante pour les nouveaux vieux. Il est normal que la solitude nous attende car, avec le temps, nos rangs s’éclaircissent. La solitude est nécessaire pour l’ultime départ, on ne s’en va pas au beau milieu du party. Le plus déroutant est cette vérité qui s’installe en même temps que nos forces diminuent. Nous pouvons toujours prendre la parole, on nous entend, mais on ne nous comprend plus. Les nouvelles générations ne sont pas différentes de la nôtre. Elles refont les mêmes expériences de vie, sans savoir et cela aussi est normal. Doit-on pour autant accepter l’abandon de ceux qui atteignent l’hiver de leur vie?

C’est souvent avec des statistiques que l’on nous présente le vieillissement, comme si les vieux n’étaient que des chiffres. Cette situation touche les bases de notre société. Il nous faut reconnaître ceux qui nous ont précédés en offrant des soins et des services aux gens qui actuellement sont en situation de dépendance. Cela nous concerne tous. Demain, qui sait, nous en serons les probables bénéficiaires. R

Exergue « …Je suis invisible. C’est ça, vieillir au Québec… »

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