2011 06- Sauvons nos églises

Sauvons nos églises.
Daniel Pezat

Nous connaissons tous l’église de Gould; certains l’ont visitée, d’autres y ont assisté à des spectacles; plusieurs, enfin, s’y sont arrêtés pour un moment de prière ou pour y méditer. C’est un lieu de paix où la porte n’est jamais fermée. Il ne laisse personne indifférent.

L’église de Gould porte le nom de Chalmers. C’est le patronyme de Thomas Chalmers, un célèbre prédicateur écossais qui a vécu du 17 mars 1780 au 31 mai 1847. Il a d’abord été pasteur à Glasgow, puis professeur de philosophie à l’université de St. Andrews. Il a été une figure marquante de l’Église presbytérienne. En 1843, il a achevé la séparation de l’Église et de l’État.

L’église a été bâtie en 1892, alors que les Écossais, originaires de l’île de Lewis, formaient l’essentiel de la population du canton de Lingwick. Ils étaient de confession presbytérienne. En 1925, la population écossaise avait bien diminué; la communauté décide alors de se joindre à l’Église Unie du Canada.

En 1972, au moment de la construction de la nouvelle route 108, elle a été déplacée et installée où nous la voyons aujourd’hui. À cette époque, les derniers descendants des pionniers de l’île de Lewis se sont battus bec et ongles pour la préserver. Dans les années 1970, au Québec, on démolissait allégrement églises, vieilles maisons et bâtiments anciens. Que de gâchis!

Une partie du village de Gould a disparu sous les coups des bulldozers et des pelles mécaniques. Le progrès débarquait dans le canton, comme ailleurs. La préservation du patrimoine bâti n’empêchait pas alors grand monde de dormir. Autre temps, autre mœurs.

Il faut croire que le temps a bien fait les choses. Aujourd’hui, les vieilles maisons sont pour la plupart amoureusement rénovées. Un vestige du passé comme le pont couvert a été restauré par la municipalité. Le site du belvédère, où a été construit le premier pont sur la rivière au Saumon, a été mis en valeur grâce au travail de bénévoles. Par la suite, la municipalité en a assuré l’entretien et la préservation. Les trois cimetières de Gould ont, eux aussi, été préservés et entretenus avec soin par une association caritative anglophone.

En 2011, à bout de souffle et de ressources, l’Église Unie du Canada décide de se départir de l’église Chalmers. Au lieu de la vendre à des intérêts privés, elle a préféré la céder, pour un dollar, à la municipalité de Lingwick, à charge de l’entretenir et d’en préserver l’intégrité. Le canton a tout de suite accepté l’offre. Pouvait-il refuser une telle offre? Pouvait-il laisser aller un joyau de notre patrimoine? Tout comme le pont couvert, elle est un attrait touristique majeur. Des églises comme celles qui nous intéressent sont devenues des centres sportifs, des condos ou des garages; l’horreur! Si Lingwick n’est pas capable de sauvegarder un temple à Gould, que fera-t-il quand l’église Sainte-Marguerite fermera ses portes?

En avril dernier, le conseil municipal, par le biais du comité consultatif d’urbanisme (CCU), convoquait une assemblée publique pour connaître le sentiment des gens de Lingwick sur la nécessité de citer comme monument historique l’église de Gould. À cette rencontre et dans la rue, les idées sont partagées. Certains parlent de gaspillage de fonds publics ou d’éléphant blanc. D’autres y voient plutôt un investissement pour l’avenir. Un devoir de préservation que nous devons collectivement assumer.

Dans nos villages, l’église en est le cœur, peu importe le culte qui s’y célèbre. Ce n’est pas une question de croyances, de langues ou de coutumes. Qu’on les nomme église, mosquée, synagogue ou temple, ce sont tous des édifices que nous devons préserver. Au-delà de tout cela, ces bâtisses témoignent de l’espoir des humains dans un monde meilleur.

La conservation et la mise en valeur du patrimoine sont des préoccupations majeures du gouvernement du Québec. Depuis bien des années, il y consacre des sommes importantes. Au Québec, en vertu de la loi sur les biens culturels, pas loin de cinq cents bâtiments ont été, jusqu’à ce jour, protégés à titre de monuments historiques;plus, quelque dix mille immeubles sont inclus dans ces sites historiques. On peut ajouter à cette liste plusieurs milliers de biens historiques et d’œuvres d’art également protégés par la loi.

Les interventions du gouvernement et des municipalités aident à la protection des zones urbaines existantes et à la revitalisation des centres-villes et de villages anciens où le patrimoine bâti est en grande partie concentré. Elles contribuent, grandement, au développement durable des milieux habités.R

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