2010 05-Le trip du règlement

Éditorial de Daniel Pezat
Le trip du règlement

Vous avez tous entendu parler de cette affaire où des enfants, qui jouaient au hockey (notre sport national), dans une rue de Dollard-des-Ormeaux, ont fait l’objet d’une plainte d’une personne dont la quiétude était troublée par les cris des joueurs.

Pas drôle, il existe un règlement qui stipule que des enfants de Montréal ne peuvent pas jouer dans la rue. On comprend que jouer au hockey sur la rue Sainte-Catherine ne soit pas permis. Mais dans une rue de banlieue où la vitesse permise est souvent de moins de 50 km/h, quelque part, il y a de la bêtise. Pire que ça, il se trouve des policiers qui ne font pas la part des choses. Les enfants en question se sont vu dresser une contravention. Le jugement ou la jugeote fait-elle partie de la formation d’un policier de Montréal?

Vous me direz que la police est là pour faire respecter les lois et les règlements, pas pour les discuter. Mais qui fait donc ces règlements aussi inutiles que brimants, sinon exaspérants? Ne cherchez pas loin. Ce sont nos administrateurs, des gens que nous avons élus. Il me semble que le fait de gagner ses élections ne donne pas l’obligation d’embêter le pauvre monde.

Où il y a des hommes, il y a de l’hommerie. C’est une vérité de La Palice. Il faut (hélas) des règlements pour pouvoir vivre ensemble sans trop se piler sur les pieds. Mais au Québec, nous avons la manie de faire des règlements sans trop savoir les tenants et les aboutissants. Souvent inspirés par les services policiers, ils n’ont finalement d’autres buts que de leur donner plus de pouvoir. Il ne faut pas non plus sous-estimer les pressions des particuliers qui ne voient que la protection de leur sacro-sainte tranquillité et de leurs intérêts.

Pensez-vous que Lingwick échappe à ce genre d’ennuis? Que non! Au fil des ans, des règlements de toutes sortes nous pleuvent sur le dos : de l’endroit où ne pas faire pipi à l’endroit où placer une roulotte, nous sommes en arcanne dans un filet bien serré de contraintes.

Daniel, tu devrais te taire. Dans une autre vie, tu as été un élu, tu as participé à cela. En vieillissant et en prenant du recul, je me rends bien compte que plus souvent qu’à mon tour, je n’ai pas refusé de participer à ce jeu de pouvoir. Chaque fois que l’on fait un règlement, on crée une nouvelle délinquance.

Pris entre les lois fédérales et provinciales, les règlements de la MRC (il ne faut tout de même pas l’oublier, celle-là), ceux de la commission scolaire et de la municipalité, je me demande si nous avons encore le droit de respirer. C’est simple, nous ne sommes plus maîtres chez nous!

La manie du règlement, quand on est en situation de pouvoir, s’attrape pas mal vite. C’est presque inévitable. Le plus souvent, personne ne se soucie des conséquences. De quelle façon et par qui ce sera appliqué. Non, dans le trip du moment ou pour avoir la paix avec un citoyen, on réglemente at large. Faute de personnel, l’administration compte sur la population. Nos voisins sont nos gendarmes! C’est la délation érigée en système! Je refuse de jouer ce rôle! Cette surveillance est malsaine. Elle n’amène que suspicion et chicane. Pourquoi faire des règlements si nous n’avons pas les moyens de les mettre en application? Je me souviens m’être fait dire à une séance du conseil : « Ne t’inquiète pas, on ne les fera pas appliquer. » Alors, pourquoi en faire? Il y en a mare!

Autre bizarrerie des règlements, ils ne sont jamais abrogés, en tout cas pas souvent. Au fil du temps, ils s’empilent les uns sur les autres. À l’occasion, en se contredisant. Ils tombent dans l’oubli. Mais ils sont toujours en vigueur. Une épée de Damoclès sur nos têtes, ou en plus moderne, Big Brother nous surveille. Trop de règlements, c’est comme pas assez; finalement, tout le monde s’en moque.

Autrefois, enfin, il n’y a pas si longtemps, c’était l’Église qui nous disait quoi faire ou (surtout) ne pas faire. Aujourd’hui, ce sont tous les niveaux de gouvernement qui ont pris la relève. De la menace de l’enfer, nous sommes passés à celle des amendes. Finalement, la récréation du début des années 70 n’aura été que de courte durée.

Il est évident qu’il faut des règlements et des lois pour pouvoir vivre en société. La sécurité est une priorité, dont la protection des personnes et des biens. Protéger l’environnement un incontournable. Il ne faut néanmoins pas que les règlements, d’où qu’ils viennent, tuent tout esprit d’initiative. R

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