2011 03-Le viol des garçons

Édito : Le viol des garçons par Daniel Pezat
Les victimes ont le droit de voir leurs agresseurs traînés en cour et jetés en prison.

Dans le Reflet de février dernier, La Passerelle conviait les femmes à réfléchir et à dénoncer les cas d’inceste dont elles sont victimes. Bonne et belle initiative. Jamais nous n’en parlerons assez. L’inceste, comme le viol, est une monstruosité qui mérite, quant à moi, la corde. Pourquoi cette invitation n’est-elle faite qu’aux femmes? L’inceste se conjugue aussi au masculin. C’est encore un tabou que nous devons abattre. Les garçons comme les filles sont victimes de cette forme d’agression sexuelle. Il faut briser le silence. Se taire n’aide en rien les victimes. Les personnes au courant d’un abus sexuel qui se taisent en deviennent les complices.

Nous sommes de plus en plus au courant des agressions sexuelles. Sont-elles plus courantes qu’autrefois? Il semble que non. Simplement, les garçons victimes d’abus osent enfin en parler. Ils sont plus disposés à dévoiler les outrances qu’ils ont subies dans leur enfance ou leur adolescence.

L’abus sexuel est malheureusement un fléau répandu. Entre 10 et 15% des hommes adultes ont été victimes d’abus sexuel dans leur enfance. L’agresseur a différents visages; le plus souvent, c’est un homme. Il peut être un membre de la famille de l’enfant. Il peut aussi s’agir d’un adulte en qui l’enfant a confiance : un entraîneur, un ecclésiastique, un voisin, un ami, un professeur, etc. Il est assez rare que l’agresseur soit un inconnu du garçon.

Les abus sexuels peuvent se produire pendant plusieurs années ou seulement à quelques occasions. L’abusé a de la difficulté à comprendre ce qui se passe. Il ressent que ce n’est pas bien. Comme les abus sont souvent commis par une personne de confiance, l’enfant hésite à la dénoncer. L’agresseur exige de l’enfant le secret. Pour s’en assurer, il a parfois recours aux menaces ou à la violence. Dénoncer, pour un petit garçon victime d’abus sexuel, est très difficile; il est confronté à un double tabou : à la honte de ce qui lui arrive, s’ajoute la gêne de dénoncer quelqu’un qu’il aime. La plupart du temps, l’agresseur sexuel étant masculin, un garçon a peur de parler, à cause du tabou de l’homosexualité. Si plus tard l’enfant, devenu un adulte, est homosexuel, on pourra l’accuser d’avoir séduit son agresseur. La croyance populaire veut qu’un garçon ne peut pas être abusé, car il est fort et qu’il peut se défendre. Si l’agresseur sexuel fait partie de son entourage, ce sera pour un jeune encore plus difficile d’être cru.
Les conséquences de l’abus sexuel pour un enfant sont variées et traumatisantes, allant de l’anxiété à la dépression, en passant par la colère, les jeux sexualisés, l’agressivité, l’impuissance, la méfiance, la culpabilité. Le garçon se sent trahi par quelqu’un en qui il a foi. Il aura de la difficulté plus tard à faire confiance. Si la dénonciation provoque une crise familiale, une rupture avec des membres de la famille, le divorce des parents ou l’arrestation de l’agresseur, l’enfant, même s’il n’est en rien coupable, se sent responsable d’avoir provoqué tous ces drames.

L’abus sexuel d’un garçon est un crime très grave qui doit être dénoncé. Les jeunes victimes ne doivent pas hésiter à en parler. Elles ne sont coupables de rien. Si elles se taisent, le crime restera impuni, l’agresseur fera d’autres victimes et la blessure de l’âme sera permanente. Les victimes ont le droit de voir leurs agresseurs traînés en cour et jetés en prison. Ce n’est pas de la vengeance. Ce n’est en réalité que demander justice. Être au courant d’un tel abus et ne rien dire est de la complicité. Elle est inadmissible et criminelle. Laisser courir un agresseur d’enfants, c’est mettre ses propres enfants ou petits-enfants à risque d’être agressés à leur tour.

Lorsqu’on a été victime d’agression sexuelle, il est important de dénoncer l’agresseur; il est tout aussi important d’obtenir de l’aide : les CLSC, la police (Sûreté du Québec), les hôpitaux, des organismes voués au soutien des victimes d’abus sexuels, entre autres. Des informations se trouvent au début des annuaires téléphoniques.

Nous ne devons jamais oublier que nous sommes individuellement et collectivement tous responsables de la protection et de la sécurité de nos enfants. R

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