2010 11-L’agression

Éditorial de Daniel Pezat
L’agression

Lingwick est dans la mire d’une compagnie minière. Pour mal faire, dans les deux villages de Gould et de Sainte-Marguerite. Pour le moment, on nous parle d’exploration. Que nous réserve l’avenir? Que voulons-nous comme avenir? Voulons-nous conserver notre coin de pays sans pollution ou voulons-nous une mine au cœur de notre territoire?

Une loi injuste et perverse nous interdit tous recours. Sommes-nous obligés de respecter cette injustice? Allons-nous sans rien dire, sans rien faire, laisser des creuseurs de trous saccager notre chez-nous? À la limite, la question n’est pas de savoir si nous allons gagner ou perdre. La question est de savoir si nous allons nous laisser conduire comme du bétail à l’abattoir, ou si nous allons nous tenir debout et nous battre. En Abitibi, le village de Malartic a été rayé de la carte, la compagnie minière Osisko a pris le contrôle de la municipalité, les maisons ont été démolies ou déplacées pour creuser une mine à ciel ouvert dans ce qui était le milieu de vie de centaines de personnes. Lingwick ne doit pas devenir un Malartic du sud.

La municipalité a été informée que les périmètres urbains de Lingwick et de Gould étaient sous le coup d’une demande de « claim »! Elle a demandé à ce que soient exclues du claim les propriétés municipales. Le conseil a pris une chance de demander également à ce que les biens patrimoniaux, comme les cimetières et les églises, soient eux aussi exclus. Si la loi doit s’appliquer et si l’exploration indique des résultats positifs, peu importe où, nous pouvons dire adieu à tout cela. Voulons-nous voir les églises, les cimetières devenir des terrils où gravas et déchets polluants s’entasseront? Les commerces ne sont pas protégés. Voulons-nous voir le travail de toute une vie anéanti? Le conseil municipal du canton de Lingwick, peu importe notre allégeance, est pour la circonstance notre conseil. Nos élus nous représentent. Il est bon de les soutenir. Nous devons tous être solidaires et faire front commun.

Depuis des années, le canton a investi énergie, temps et argent (notre argent) dans le développement de notre territoire. Des aménagements touristiques ont été construits. Des sommes importantes ont été dépensées pour la confection d’un schéma d’aménagement et d’un plan d’urbanisme. Tout ce travail sera balayé du revers de la main. Quelqu’un nous dédommagera-t-il? Bien que les compagnies minières disposent de moyens colossaux, nous devons empêcher ce massacre. Que pouvons-nous faire? Informer les gens et décider d’un plan d’action. Alerter les médias, faire assez de bruit pour que le monde entier nous entende. Faudra-t-il comme les autochtones dresser des barricades? Qui veut vivre à Lingwick Mines?

Les compagnies minières ont presque tous les droits. Municipalités et citoyens ont les mains liées. Nous pouvons au moins ruer? Nous devons ruer! Je suis certain que le conseil fera tout en son pouvoir pour contrer cette agression. Ce ne sera pas suffisant si la population du canton, nous tous, ne nous mobilisons pas derrière lui. Comme toujours, les mines font miroiter des emplois. Ne nous leurrons pas. Lingwick est une communauté agricole et forestière. Les emplois que l’on nous fera espérer sont spécialisés et la main-d’œuvre viendra d’ailleurs. D’aucuns diront que cela va apporter la prospérité dans le canton. Que c’est un investissement pour les générations futures. Les seuls gains que nous aurons sont : le bruit, la poussière, la pollution et un pays ravagé.

L’exploration, c’est des forages. On y utilise beaucoup d’eau. Que va-t-on faire des résidus solides et liquides? Les compagnies minières sont reconnues pour se moquer de l’environnement. La seule chose qui les intéresse, c’est le profit. Leur profit! Exploration ou exploitation, quand elles partent, il ne reste qu’un trou et des déchets. Est-ce cela que nous voulons? S’il y a des redevances, à qui et combien? À quelles conditions? Le plus souvent, ce ne sont que des miettes à comparer aux bénéfices que l’exploitant engrange. Les pressions que les compagnies exercent sont énormes et le tordage de bras n’est pas exclu. Je ne veux pas déclencher la panique, mais l’heure est grave.

Lingwick s’est toujours tenu debout. Ensemble, nous avons mené des combats : en 1991, pour nos enfants et en 1998 pour sauvegarder l’intégrité de notre canton. Une fois encore, nous voici confrontés à l’arbitraire et à l’injustice. Défendons-nous! R

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