2011 09-Centenaire de l’église

Fête souvenir
Centenaire de l’église
f. Rhéo Bureau

Célébrer le centenaire de notre paroisse, ce 2 juillet 2011, c’est m’offrir l’occasion de faire appel à ma mémoire déjà un peu déficiente pour me souvenir d’abord, puis pour exprimer ma grande gratitude et mon admiration envers tous ceux et celles qui ont contribué à son érection, à son expansion, à son évolution autant qu’à son adaptation tout au cours de ce siècle.

En 1901, la foi de nos pionniers avait donc choisi de s’exprimer par la construction de ce temple modeste qu’ils voulaient à leur image comme le principal marqueur de leur vie quotidienne de paysans, fondateurs et défricheurs. C’est autour de leur église que se vivront leurs moments de joie comme de tristesse, leurs moments de labeur comme de repos.

Sans vouloir m’inspirer des archives officielles de la paroisse, je suis à me demander combien de messes ont pu y être célébrées depuis la toute première. Combien de baptêmes, de mariages et de funérailles aussi? Nous tous avons certes vécu un de ces moments. Combien de fois notre église a-t-elle été le lieu de solidarité pour des événements plus propres? Combien de fois l’église de mon enfance s’est-elle faite la porte-parole des plus grands événements religieux, sociaux et parfois même politiques? Même le perron de l’église était le lieu de la criée, des bulletins de nouvelles, des papotages familiers… Au Québec, comme un peu partout ailleurs, l’église s’offre comme le point de mire du village. On n’a qu’à regarder l’émission hebdomadaire télévisée La petite séduction pour s’en convaincre.

Il y cent ans, je peux déduire que mes deux parents qui avaient alors dix ans ont certes été des témoins attentifs de cette construction et du travail ardu de ces familles fondatrices, familles qui pouvaient avoir pour nom : Lapointe, Blais, Pelchat, Bouffard, Rousseau, Bureau, Rancourt, Corriveau, Grenier, Gaulin, Roy, Bégin, Loubier…

Pendant ce centenaire, je vois défiler les noms de plus d’une vingtaine de curés qui pouvaient se nommer : Ledoux, Tremblay, Boisvert, Martineau, Cabana, Bureau, Cauchon, Poulin, Gendron, Bilodeau, Bisson… Ce centenaire pourra-t-il au moins nous remémorer l’influence qu’ont exercée ces hommes de Dieu? Oui, nombreux d’entre eux furent de véritables pasteurs dans l’âme alors que d’autres, avec toute leur bonne volonté, ont connu des mandats moins marquants.

Je me plais à rappeler ici le souvenir particulier et l’influence des deux curés de mon enfance : les abbés Tremblay et Boisvert. Le premier, homme de foi et de service, avait la passion pour l’ébénisterie et se montrait très habile. Notre église garde encore sa marque dans sa décoration intérieure, plus spécifiquement dans ses confessionnaux. M. Tremblay voulant bien traiter son petit laitier que j’étais, m’avait confectionné un traîneau auquel il avait assujetti une belle boîte rouge où je pouvais ranger en toute sécurité une dizaine de pintes de lait. Souvenir impérissable que cette simple attention. Quant à M. Elphège Boisvert, c’est lui qui se fera le principal intermédiaire entre mes parents et la communauté des Frères des Écoles chrétiennes pour y faciliter mon entrée. J’avais alors 12 ans et terminais ma sixième année (1945), après quoi il fallait bien chercher ailleurs pour s’instruire ou s’offrir au marché du travail.

Célébrer le centenaire d’un lieu saint, c’est aussi me tourner vers le cimetière paroissial où reposent tous ces gens qui ont marqué nos vies et qui nous ont légué une histoire : une très belle histoire. Parfois, je me plais même à les revoir à l’église le dimanche, bien installés dans leur banc qu’ils ont payé et qui surveillent leur marmaille plus ou moins docile selon leur âge. Et puis, je revois, au jubé, mon père qui, pendant 67 ans, aura accompagné à l’harmonium ou à l’orgue la chorale où tout se chantait en grégorien. Le latin, cette langue qu’on avait fini par apprendre sans en comprendre le moindre mot. En semaine, c’est M. Albert Pelchat qui se pointait chaque matin pour chanter la grand messe comme on disait, parce qu’il y avait aussi des basses messes pour ceux qui ne pouvaient pas se payer un chantre.

Célébrer le centenaire de ma paroisse, c’est aussi faire le point sur ce que peut être notre église aujourd’hui. Cette cloche qui sonne toujours nous appelle-t-elle encore au recueillement quotidien ou hebdomadaire? Ce noble bâtiment hérité de nos ancêtres se fait-il toujours aussi rassembleur? Si je veux être baptisé, si je veux me marier, vivre ma foi chrétienne ou si je veux qu’on y célèbre mes funérailles, trouvera-t-on toujours le pasteur qu’il nous faut pour ce faire?

Célébrer un centenaire, c’est prendre conscience que mon église nous révèle cent ans de mon histoire, cent ans d’une vie rurale qui devrait susciter mon orgueil, ma fierté. Ce site enchanteur qui nous a vus naître et dans lequel nous vivons ou avons vécu peut-il nous laisser trop indifférent? Rappelons-nous seulement que, tout récemment, alors que nous célébrions le 150e de la municipalité, un magnifique logo nous proposait deux clochers symbolisant nos deux cultures et nos origines respectives. Pourquoi donc deux clochers? Notre église centenaire trouve-t-elle encore sa raison d’être?

Et je conclus en reprenant ce refrain d’un hymne qui dit : Quand la croix s’élève, le monde renaît. C’est le souhait que je formule en ce centenaire comme pour le futur. R

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