2013 11-Le paresseux responsable

Opinion, Le paresseux responsable
Mathieu Bergeron

Comment le marché de Lingwick fait de moi un homme meilleur.

Je suis paresseux et désorganisé. Je l’admets humblement, mais je n’en suis pas fier pour autant. En fait, ça me rend plutôt honteux parce que, comme quiconque doté de trois sous de jugeote, je considère important face à la crise environnementale qui se pointe le bout du nez que la civilisation s’arrache à son déni et fasse des choix pour le meilleur. Sauf que tout ça demande de la volonté et de l’organisation.

Si on me suit jusqu’ici, on comprendra que mon attitude et ma conscience font mauvais ménage; c’est le mélange des grands parleurs, p’tits faiseurs. Je n’ai pas de leçons à donner à personne.

J’arrête parce que le but de ce mot n’est pas de me livrer à un exercice d’humiliation, mais d’adresser des félicitations et des remerciements.

Ces félicitations et ces remerciements, c’est à la gang du marché local de Lingwick, le Marché de la petite école, qu’ils sont dus. En attendant que les gens dans mon genre se sortent la tête du derrière, leur travail et leur dévouement font du choix facile et du choix responsable une seule et même chose.

En seulement quelques années d’opération, ils ont réussi à rassembler en un même endroit une quantité de produits locaux et responsables dont la diversité surprenante ne se retrouve d’ordinaire que dans les magasins à grande surface. On y retrouve bien sûr les légumes de la ferme Croque-Saisons, qui vend aussi de l’agneau, du café et des épices équitables; on y trouve les produits de la Pointe aux Sangliers, le bœuf du North Hill, tout ce qui sort des fourneaux de la Ruée vers Gould(incluant leurs fantastiques bines), mais aussi du vin et de la bière d’ici, du fromage de chèvre fait à Sawyerville, du miel, les produits cosmétiques et thérapeutiques de Ô Jardins d’Églantine, les produits de l’entreprise d’économie sociale les Champêtreries, les condiments des Grenouilles charmantes, de l’artisanat, etc. J’en omets parce que j’en oublie, mais aussi parce que j’en découvre à chaque fois.

Le marché est un carrefour de sociabilité, où on va prendre et se donner des nouvelles, où on peut déjeuner au soleil (on y sert du café et des gaufres maison excellentes). Le marché fait arrêter les gens sur la route 108 et contribue ainsi au développement local, certes, mais aussi à faire connaître notre coin de pays à ceux qui arrêtent à l’improviste et dans le sourire desquels on décèle toujours les marques d’une agréable surprise. Faut les comprendre. Vous en connaissez beaucoup, en région, des endroits où on peut s’acheter de l’huile à mouche, un kilo de café équitable, un chandail de laine et de quoi se faire un pot-au-feu?

Ça tient de l’utopie à ciel ouvert et constitue une preuve tangible que l’économie locale et responsable n’est pas de la science fiction, mais plus important encore, ça fait de moi un paresseux responsable.

À la gang du marché, merci de tout coeur. R

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