2015 05-Vision des aînés?

Réflexion
Vision des aînés?
par Suzanne Paradis

Le texte qui suit est tiré d’une allocution donnée par M. Claude Quintin, à titre de président de la conférence des Tables régionales du Québec, lors d’un colloque de l’Association québécoise de gérontologie qui a eu lieu à Orford, en juin 2014.

Voici quelques questions et réflexions sur lesquelles on aurait avantage à se pencher.

Lorsqu’on parle des aînés, de qui parle-t-on? Les aînés ont souvent mauvaise presse : on coûte trop cher, on prend trop de place, on se fait avoir par des arnaqueurs (on parle peu du fait que, très souvent, ce sont nos propres enfants qui nous maltraitent ou abusent de nous…).

Il faudrait adopter, comme société, une approche plus équilibrée à l’égard de la population vieillissante et reconnaître l’importance de leur rôle dans la société. Les personnes aînées ne sont pas un fardeau fiscal, au contraire, elles sont un actif essentiel dont la société actuelle n’a pas les moyens de se passer.

Je pense que nous ne méritons définitivement pas cette réputation…

Il n’est pas vrai que les personnes âgées grugent le budget en santé plus que les autres tranches d’âge au prorata.

C’est faux que le système de pensions du Canada ne pourra pas répondre aux besoins de cette tranche de la population qui ne cesse de croître. Si cela arrive, c’est que nos gouvernements auront pris des décisions électoralistes au détriment de la population.

La croissance démographique génère chaque année une augmentation de 1 % des dépenses de santé du secteur public au Canada, tandis que le vieillissement de la population y a contribué pour seulement 0,8 % par an. Les aînés ne sont pas différents des autres citoyens. Ils consomment, utilisent des services et paient des impôts.

Comment la société évalue-t-elle la participation des aînés bénévoles à son fonctionnement?

Elle essaie de ne pas y penser. C’est plusieurs milliards de dollars que les aînés sauvent chaque année au gouvernement en faisant du bénévolat. Que faut-il faire pour que la société tout entière réalise l’importance des aînés dans la société… faire la grève comme les étudiants?

1. Quels seraient les effets d’une grève des bénévoles, ne serait-ce qu’une seule journée (centres de soins palliatifs, popotes roulantes, visites des aînés isolés, bénévoles dans les hôpitaux, proche-aidants, garde des enfants malades qui ne peuvent pas aller à l’école ou à la garderie, etc.)?

2. Comment croire les statistiques qui mettent ensemble tous les aînés? La catégorie aînée, c’est qui? Les besoins, la disponibilité, l’intérêt pour faire du bénévolat varient considérablement selon qu’on est une femme ou un homme, selon les strates d’âge (65-75, 75-85, 85 et plus). Comment peut-on décemment mettre tous les aînés dans un même panier?

Mais même avec des statistiques vagues : selon Statistique Canada, en 2010, les personnes âgées offraient en moyenne environ le double d’heures de bénévolat par année (223 heures) que les jeunes Canadiens de 15 à 24 ans (130 heures) ou de 25 à 34 ans (109 heures).

3. Autre fait intéressant : encore, qui donne le plus à des organismes de bienfaisance (on ne parle pas ici des milliers d’heures de bénévolat)? Selon Statistique Canada, ce sont encore les aînés qui offrent le plus de dons de bienfaisance par personne que tout autre groupe d’âge. En 2010, les personnes de 75 ans et plus offraient des dons moyens annuels de 725 $, par rapport à 431 $ chez les 35 à 44 ans et 143 $ chez les 15 à 24 ans.

4. Qui arrive en support quand des événements imprévus bouleversent la routine très serrée des deux parents qui travaillent? Garder leurs petits-enfants lorsqu’ils sont malades, les récupérer à la garderie, etc.?

5. Qui sont les aidants naturels? Aînés, femmes, conjoint, conjointe…

En 2008-2009, près des trois-quarts des aidants avaient entre 45 et 64 ans, et un quart étaient eux-mêmes des personnes âgées : 10 % avaient 75 ans ou plus.
Qui risque de perdre sa maison pourtant déjà payée à cause de l’évaluation et des taxes qui explosent (marge de crédit hypothécaire, etc.)?
Claude Castonguay, dans son rapport Le point sur les pensions révèle que la Pension de la sécurité de la vieillesse et le Régime de rentes du Québec ne suffisent pas pour assurer une qualité de vie chez 50 % des travailleurs se dirigeant vers la retraite. L’auteur suggère la création d’un régime obligatoire du type REER pour les travailleurs non couverts par un régime de l’employeur.

Comment assurer la relève bénévole auprès des boomers? Nous voulons définitivement un système de santé accessible, public et gratuit (selon les revenus).

Bonne réflexion. R

Claude Quintin, président,
conférence des Tables de
concertation des aînés du Québec.

Source : le bulletin de la Table régionale de concertation des aînés de l’Estrie
Numéro 2, 1er mai 2015
www.ainesestrie.qc.ca

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *