2016 04-Le chemin Galson en 1900

Récit : Le chemin Galson en 1900     
Traduit par John et Régine Ward
À l’époque de la colonisation

Annie Stewart et Donald Chisholm sont nés et se sont mariés à Stornoway, sur l’Ile de Lewis, en Écosse. En 1863, ils sont arrivés dans le canton de Lingwick avec leur fils Alexander, âgé de deux ans;  ils ont eu cinq fils et deux filles. Ils se sont établis sur une terre de colonisation dans le chemin Galson, terre  située à environ un kilomètre de la grande route maintenant connue sous le nom de route 108.

M. Chisholm avait fait des études pour être professeur d’anglais, de latin et de mathématiques. On lui a même offert un poste au Manitoba. Cependant, quelques-unes de leurs connaissances avaient acheté des terres dans la région et c’est pour cela que Mme Chisholm préférait faire de même. Sa sœur aînée et son mari, les Graham, se sont établis sur une terre voisine; ils n’ont pas eu de descendance et Mme Graham est morte en 1900. La maison des Graham n’existe plus de nos jours. Mais une maison construite non loin, et appartenant à son cousin, Allan Mackenzie venu avec son épouse, un fils et cinq filles, est maintenant occupée par la famille de Lise et Claude Blais.

Pour se rendre au Galson (à environ 53 milles ou 85 km), le transport public le plus près était à Sherbrooke. Le trajet était difficile et se faisait en chars à bœufs sur un sentier étroit à travers la forêt. On abattait des arbres à la hache pour construire la première demeure en bois. Des années plus tard, une vraie maison en bois de charpente a été construite puis détruite par les flammes en 1903. Une autre semblable fût érigée un peu en biais. Cette demeure est maintenant  la propriété de la famille de Ghislaine et Daniel Pezat.

Ils ont défriché la terre pour faire place aux premières récoltes de grains : blé, orge, avoine et sarrasin. Ils ont fait un grand potager pour les légumes : patates, navets, choux, carottes, oignons et fèves.

En arrière de la maison, il y avait un plant de houblon et Mme Chisholm s’en servait avec des pommes de terre pour faire du pain au levain. Elle entreposait la levure dans un pot de grès, à la cave, au frais. On élevait des moutons pour la viande et la laine. On gardait aussi des vaches, des cochons, des poules et des oies.

Devant la maison, autour de la pelouse, Mme Chisholm avait un jardin de belles fleurs : pivoines, roses trémières, œillets de poète, géraniums et belles-de-jour.

À peu près à 2 000 pieds (650 m) de la maison, on trouvait une belle source d’eau potable et un petit ruisseau coulait le long, en bordure du terrain. L’été, on déposait le lait dans des bidons en métal, calés dans l’eau de la source pour le garder au frais. Par dessus ceci, on avait construit un petit abri. (1)

Dans ce temps-là, les gens étaient dévots; le dimanche, le jour du Seigneur, était toujours respecté. Même les légumes n’étaient pas ramassés du jardin, cette journée-là. En fait, un grand défilé de bogheis et de chevaux amenaient les fidèles au service de l’église Chalmer’s de Gould, à quelques kilomètres de distance. À chaque repas, le bénédicité était toujours récité; le matin et le soir, la famille priait avec les enfants qui étaient agenouillés sur le plancher, les coudes appuyés sur les chaises. À tour de rôle, chacun lisait un verset de  la Bible.

Comme passe-temps, on s’invitait à dîner ou pour le thé, avec de délicieux repas, gâteaux maison ou desserts; le gâteau éponge étagé rempli de framboises avec du glaçage était très populaire. Je me souviens de repas chez Mme Mary Morrison, veuve, et ses fils Russell et Clarence. Jane Macleod (mère de Mme Morrison) y habitait aussi et était une cousine de Mme Chisholm. On mangeait dans la belle vaisselle de porcelaine anglaise. Souvent le piano était de la partie, spécialement lors de la visite de la parenté de Montréal ou de Toronto. Il faut aussi mentionner que les Morrison tenaient le bureau de poste, au croisement du chemin Galson et de l’actuelle route 108. Une érablière avec cabane à sucre leur fournissait le sirop et autres produits.

Sur une ferme voisine, sur la route 108 vers Gould, habitait un certain Murdo Hughie MacLeod, cultivateur d’avant-garde avec des méthodes nouvelles provenant des États-Unis. Il avait un piano à la disposition de ses trois filles et trois fils. Autour de 1905, posséder un séparateur pour faire la crème était un attrait.

Le mariage de Louise MacIvor à George Scott et la réception chez la mariée, voisin des MacLeod, a été un magnifique événement. Plusieurs lanternes chinoises ainsi que des chandelles éclairaient la pelouse et les tables de service. Il n’y avait pas d’électricité, à l’époque. (On peut toujours voir la maison des Scott, c’est la maison en briques, en sortant de Scotstown, en direction de La Patrie). De l’autre côté de la route, presqu’en face de la maison des MacLeod se trouvait la petite école d’une seule pièce au coin du Galson et de la route 108. L’école et la maison des Morrison n’y sont plus. (2)

Chez les MacLeod, c’était un lieu de rencontres populaires. M. MacLeod avait fait fortune dans les mines au Colorado et était venu s’établir dans le Galson à sa retraite, avec sa femme, ses trois filles et ses deux garçons. Malheureusement, il est mort quelques temps après; sa famille y est demeuré encore quelques années. Dans cette maison, on se réunissait souvent autour du piano pour chanter ou écouter de la musique. Je me souviens aussi d’un stéréoscope, instrument pour visionner des images en trois dimensions, avec de belles couleurs. (À la première édition de ce texte en 1987, des descendants MacLeod vivaient toujours : un fils Kenneth 93 ans et sa charmante épouse Harria 90 ans habitaient à la Résidence Sherman, à Scotstown).

Je me souviens des parties de pêche à la petite rivière (Rouge ou ruisseau Albion) en bas de la terre des Chisholm, ou sur le lac McGill; du sport, de l’amusement et de délicieux poissons. Même les piqûres de moustiques étaient acceptées! Parfois, dans la belle saison, on montait jusqu’à Keith (vers Bury), à une heure de route à peu près, en voiture à cheval. Là-bas, on pouvait faire un pique-nique, jouer au base-ball, aux fers ou même au croquet sur une pelouse. Quelquefois, il y avait un bal au Town Hall (l’ancien hôtel de ville), au village de Gould. Souvent lors de cet événement, c’était box, social and dance. Chaque jeune dame préparait une collation dans une boîte en carton, joliment couverte d’un papier et enrubannée. Ces boîtes étaient mises aux enchères et c’étaient les jeunes messieurs qui misaient. Celui qui gagnait la boîte, devait partager la collation surprise avec celle qui l’avait préparée. Je me souviens d’une soirée durant laquelle un groupe de jeunes gens ont fait de la musique, dans une maison abandonnée, près des MacLeod; au son du violon et de l’harmonica, on dansait des quadrilles avec le calleur (Birdie fly in, birdie fly out and balance the next below). Un autre de mes souvenirs, c’est d’avoir fait de la raquette à travers champs enneigés, jusqu’à un chantier de bûcherons, près du lac McGill. Là, on a mangé des beans en compagnie des hommes du chantier.

Au village de Gould formé à la jonction des trois chemins (route 257 et chemin du Belvédère), il y avait trois magasins. Là, on pouvait y acheter de tout ou presque. Pour les tout-petits ce qui les attirait était  une cuve ou un baril de bonbons durs, très colorés. Pour la plupart, les marchandises étaient fournies par la T. Eaton Company, de la nourriture jusqu’aux meubles!

C’est avec une grande fierté que je vois les cimetières protestants de Gould. Ils sont si bien entretenus avec de belles clôtures en fer forgé.  Quel beau témoignage pour les premiers colons de la région! Je me réjouis aussi de trouver l’église Chalmer’s (déménagée) telle qu’elle était lors de mon baptême, en 1898, où j’ai reçu le prénom de ma grand-mère.

Moi, Annie Helen Tufts, auteure de ce texte, ma fille, son mari et une petite-fille avons été gentiment reçus par Mme Pezat, pour visiter l’ancienne demeure, en août 1987. R

Note : Mme George W. Tufts (Annie Helen Tufts), qui a écrit ce témoignage en 1987, était âgée de 89 ans et encore dynamique. Elle était la petite-fille de Donald et Annie Chisholm, premiers colons sur ce terrain dans le chemin Galson, acquis en septembre 1869, de la British American Land Company (BALCO) (Société pour le développement et vente de terres de colonisation).

Note : Ce texte a été publié en anglais seulement dans Le Reflet du canton de Lingwick, en février 1988.

(1) Au début des années 1980, quand nous avons acheté la terre, j’ai (Daniel Pezat) retrouvé un baril enterré dans le lit du ruisseau. Cela correspond à l’endroit où le lait était gardé au frais durant l’été. Aujourd’hui, 116 ans plus tard, on voit toujours les restes du tonneau.

(2) Cette école a été déplacée sur la propriété de M. Émile Plante où elle y est toujours. Le propriétaire actuel est M. Renaud Gagné. C’est dans cette école que le célèbre hors-la- loi, Donald Morrison, a rencontré au printemps 1889, le juge Dugas.

Galson
La maison Galson aux alentours de 1950