2017 02-Les comportements gagnants

Texte choisi : Les comportements gagnants
Comment favoriser la communication avec les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.
de Suzanne Paradis

Voici un compte-rendu de la conférence présentée par la Société Alzheimer Estrie et L’Appui pour les proches aidants d’aînés Estrie.

Le 23 janvier, Christian-Paul Gaudet tenait une rencontre auprès de proches aidants de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Ce dernier a une longue et vaste expérience en matière d’accompagnement auprès des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer et de leurs familles. Riche d’un parcours professionnel de plus de 30 ans, il a tenté de répondre aux préoccupations des aidants présents au centre culturel de Weedon.

Il y a près de 150 causes aux troubles cognitifs. L’Alzheimer est la cause la plus fréquente. La maladie peut prendre 10 ans avant d’être diagnostiquée et peut s’étendre sur 25 ans. Plus on est vieux, plus la maladie est longue.

Il y a de grandes percées au niveau médical. Il existe trois médicaments qui ralentissent la maladie durant deux à trois ans. Cette médication donne du répit au malade et à ses proches.

La personne atteinte est connectée sur ses émotions, car la théorie est disparue. Elle ne peut se projeter dans l’avenir : elle vit ici et maintenant. Il faut toujours se questionner sur ce que ressent maintenant la personne atteinte.
Lorsque la personne répète toujours la même question, il faut explorer l’aspect émotif qui a généré la question. On n’a pas répondu à l’émotion qu’il y avait dans la question. Donc, il faut se poser la question : « Quelle est l’émotion derrière la question? » Est-ce le désir de faire plaisir, l’anxiété, le besoin de sécurité, la peur, etc.?

C’est un accompagnement émotif qui est la source de communication avec une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer. La rencontre avec l’autre ne s’établit qu’en prenant le chemin le plus simple.

Selon M. Gaudet,
il y a cinq principes ou idées pour être à l’aise avec une personne qui souffre d’Alzheimer.
 
– Créer un lien avec la personne, être son ami et maintenir ce lien d’amitié. Cela veut dire acquiescer à ce qu’il dit ou demande, être côte à côte physiquement, marcher ensemble pour résoudre le problème.

– Créer un climat de confiance et de complicité. Être face à face signifie un problème entre nous, alors que côte à côte signifie résoudre ensemble le dit problème.

– Valoriser le ici et maintenant. Éviter les verbes au passé et au futur. La personne ne vit pas dans le passé.
Elle vit presque exclusivement ici et maintenant, car sa mémoire récente est très atteinte et sa mémoire ancienne l’est aussi.

– Utiliser des verbes au présent, et les consignes doivent suivre l’action de près : ne pas dire qu’on va manger tantôt ou bientôt, mais le dire seulement quand on se dirige vers la cuisine : pour manger.

– Essais et erreurs. Si je ne suis plus capable, que ma patience est à bout, je prends une distance. Avec cette maladie, il est difficile d’identifier les besoins de la personne. On est toujours dans l’approximatif. Si notre approche n’a pas fonctionné ou donné des résultats, il faut changer : changer de pièce, amener la personne dehors, briser la façon de faire.

– Il faut se donner la permission de recommencer, parce que cela ne veut pas dire que ça ne fonctionnera pas dans quelques minutes.

– Effet miroir. Vous êtes-vous retrouvé devant une personne qui vient vers vous, mais que vous êtes incapable de reconnaître, de trouver son nom? Si la personne nous donne la main, on fait de même; si elle nous tutoie, on la tutoie. C’est l’effet miroir. On s’ajuste à l’autre.

La personne atteinte d’Alzheimer est toujours dans un party où tous la connaissent, mais elle ne les reconnaît pas. Prendre conscience qu’on a un impact sur la personne atteinte d’Alzheimer. La façon dont on réagit et dont on se sent a un effet sur elle. Il faut faire attention à nos comportements non-verbaux, car elle fait le miroir de ce que nous sommes ou faisons.

– Poser trois questions. Lorsqu’on voit la personne atteinte d’Alzheimer poser un geste ou faire quelque chose, on se demande : est-ce que sa vie est en danger? Est-ce que ma vie est en danger? Est-ce que la vie de quelqu’un d’autre est en danger? Est-ce grave? Si la réponse est non, on se calme, car si on panique ou dramatise, cela va créer une escalade et va devenir une crise.
La  personne atteinte essaie de montrer qu’elle a de la mémoire, elle fait des efforts pour se souvenir, mais pour certaines choses, elle a perdu la bataille.

Relation d’amour

La personne atteinte d’Alzheimer ne reconnaît plus les autres. La première personne qui ne reconnaît plus l’autre, c’est nous. Si on veut qu’elle nous reconnaisse, il faut la reconnaître elle, lui tenir la main, geste signifiant qu’on l’aime, car c’est le lien qui compte. La personne a besoin de nous pour nous reconnaître. C’est une relation de pur amour.