2017 11-Plus de 140 ans de générosité

Les 30 ans du Reflet     Plus de 140 ans de générosité     Catherine Bouffard

 

Au début du mois de novembre, j’ai eu l’honneur de faire une entrevue avec nos bénévoles vétérans du Reflet qui sont là depuis les premières années. Je vous avoue que ça n’a pas été bien difficile… quand des passionnés se rencontrent, ils se racontent avec enthousiasme. Il s’agit de Jacqueline P.-Bouffard, Manon Bolduc, Lisette Bolduc, Monique P.-Rodrigue et Daniel Pezat. À eux cinq, ils cumulent plus de 140 ans de bénévolat, de générosité et de plaisir à participer à la production de notre journal communautaire, année après année.

Et comme Daniel est le seul homme faisant partie de l’entrevue, ça lui rappelle qu’il a bien souvent été en minorité masculine au sein du conseil d’administration (CA). Depuis l’existence du journal, il y a toujours eu au moins un homme au CA (et maximum trois) à l’exception de celui de 1992 où ce n’était que des femmes. Daniel était allé rejoindre l’équipe du journal du Haut-Saint-François pendant un an. Mais, comme il s’ennuyait, il s’est dépêché de nous revenir.

Qu’est-ce que ça représente pour vous de réaliser
que ça fait autant d’années que vous êtes bénévoles au Reflet?

Daniel : « Ça ne nous rajeunit pas et comment j’ai pu faire ça »?
Et Monique d’ajouter : « On n’en revient pas. On ne compte pas le temps quand on est là, pis tout à coup tu t’arrêtes et tu réalises que ça fait un bout ».
Tous en chœur, ils mentionnent que ça a passé vite.
Manon : « La charge de travail est dispersée, et c’est pas si pire pour chacun. C’est pour ça qu’on continue ».

L’entraide

La municipalité a toujours soutenu Le Reflet, dès les débuts, en lui fournissant un local gratuitement dans le centre municipal. Elle a même fourni du papier, en plus de faire l’impression du journal pendant un moment. La photocopieuse de la caisse populaire a aussi surchauffé un peu en imprimant le Reflet.

Ce sont les bénévoles du journal L’Éveil du citoyen de Weedon qui ont permis la création du Reflet du canton de Lingwick, surtout Mme Thérèse Lavertu. Notre journal a, à son tour, aidé celui de Scotstown (L’Événement), de Bury (Bury’s Image de Bury) et Le Jaseur de La Patrie, à démarrer.

Au fil des années

En posant une autre question, celle-ci a fait remonter plein de souvenirs que chacun, chacune raconte. Parfois tout le monde parle en même temps.

Daniel se rappelle les débuts où tout se faisait dans le petit local près de la porte extérieure, là où les réunions actuelles se font. Il le trouvait trop petit pour une grande équipe et un photocopieur. Ils ont donc demandé aux gens de la pastorale d’emprunter une partie de leur local pour le montage et le brochage du journal. Ce local contenait encore l’autel où les messes pour les sœurs étaient célébrées. Il se souvient aussi que Manon avait pris la nappe de l’autel pour la laver, un jour où ils avaient une réunion. Avec le temps, ils ont pu utiliser tout le local actuel.

La statue de la Sainte-Vierge a été remisée dans un des garde-robes. Ils lui avaient enlevé les mains, qui tenaient par des clous, pour ne pas les briser. Monique se rappelle qu’Isabelle Bouffard lui en avait refait à un moment donné.

Manon mentionne que les textes qui arrivaient au journal étaient déjà tous tapés à la machine à écrire. Avec l’aide de Jacqueline, elle se rappelle qu’il y a eu Josée Bolduc, Diane Rousseau et peut-être Suzanne Blais-Gilbert aussi qui tapaient des textes. Daniel, avec son extraordinaire mémoire, se rappelle que le Reflet a acheté sa première dactylo électrique pour 80 $.

Avant les imprimantes couleur, le coloriage se faisait chez Monique. Tout le monde arrivait avec ses crayons de couleur. Il y a même eu une parution de décembre où chaque journal était retouché à la main. Ils avaient décidé de coller des brillants. Mettre la colle, saupoudrer des brillants sur le sapin, attendre que ça sèche. C’est ce que j’appelle de la passion et de la patience, quand un groupe de gens décide de faire quelque chose comme ça. L’assemblage et le montage du journal se faisait en une soirée, où six à sept personnes se réunissaient. Lisette se rappelle des pages de petits dessins de toutes sortes de choses qu’il fallait choisir selon l’occasion : petits lapins pour Pâques, citrouilles pour l’Halloween…, etc.

Y a-t-il d’autres histoires comme celles-là?

À cette époque, c’était Josée Bolduc qui utilisait le logiciel Publisher. Elle et Daniel ne savaient pas ajouter des pages. Donc Josée en tapait une, elle l’imprimait et effaçait ce qu’elle venait de faire à l’ordinateur. Et elle recommençait pour la page suivante. Aussi la pagination était faite à la main pendant plusieurs années. Plus tard, Daniel avait demandé à quelqu’un du journal du Haut-Saint-François de lui imprimer les mois de parutions avec des numéros de pages qu’ils avaient photocopiés en plusieurs copies. Il leur suffisait de découper le mois et le numéro de page pour le coller au bas de chaque page du journal en cours.

Et les photos tramées! Daniel explique que ces photos ressortaient comme celles dans les journaux, composées de minuscules points gris et blancs, ce qui ne donnait pas de très bons résultats. Il rigole encore en mentionnant que Jacqueline repassait chaque visage pour leur dessiner un sourire au crayon fin. C’était la version manuelle de faire la retouche de photo.

Et avec la modernisation, Manon relate que Le Reflet était avant-gardiste en achetant une caméra digitale, les premières sur le marché, beaucoup plus grosse et lourde que ce que l’on retrouve aujourd’hui. Seuls les grands journaux en possédaient à cette époque.

Le Reflet a été le premier journal communautaire, format magazine, à mettre de la couleur depuis son association à l’AMECQ (Association des médias écrits communautaires du Québec). Manon mentionne que cette seule page couleur coûtait plus cher que le reste du journal à imprimer. Ça coûtait 1 $ la page, qu’il fallait faire imprimer au Lac-Mégantic. Ensuite, Le Reflet a acheté une imprimante couleur. Ghislaine Pezat imprimait les pages couleurs et les autres, en noir et blanc, se faisaient imprimer à Cookshire. Plus tard, il s’est muni d’un photocopieur qui pouvait imprimer le journal au complet.

Il existait un programme gouvernemental (Centre d’accès communautaire à internet (CACI))  qui offrait une subvention pour avoir des ordinateurs afin de permettre à la population de se familiariser avec un ordinateur. Le Reflet a donc offert un accès à ses ordinateurs pendant environ 16-17 ans.

Avec toutes ces années de collaboration,
il y a certainement eu des amitiés qui se sont créées?

« L’équipe du journal, c’est l’équipe du journal. C’était comme ça au début, et ça toujours été ça, une gang. » dit Daniel. Jacqueline ajoute : « Ça toujours été amical ». En général, tous les membres des différents CA s’entendent bien. Il y a bien sûr eu des réunions où les gens n’étaient pas tous d’accord, comme lors de la possibilité de se munir d’ordinateurs. La majorité des administrateurs ne voulaient pas d’ordinateurs. La crainte de perdre des bénévoles a fait retarder le projet. Ils croyaient perdre l’aspect communautaire du journal.

En fait, Daniel voulait une table lumineuse qui aurait permis de faciliter le montage du journal. Il n’a jamais eu sa table lumineuse et un premier ordinateur est apparu dans le local du journal en 1997.

Ceci amène Lisette à demander s’il y a eu des années difficiles, financièrement parlant. Daniel raconte que la première année, ils ont reçu un don de 100 $, sinon ils étaient dans le trou. Et il s’est juré que ça n’arriverait plus jamais. Par la suite, il y a eu plusieurs activités de financement : soupers spaghetti, épluchettes de blé d’Inde, course de boîtes à savon,  bingo, marchés aux puces, un album à colorier. Il y a même eu pendant quelques années la vente de calendriers. Est venu aussi la vente d’espace pour cartes professionnelles. Monique se souvient qu’ils ne voulaient pas en avoir trop, ce n’était pas un journal d’affaires.

C’est d’ailleurs Le Reflet qui a utilisé le pont couvert McVetty-McKenzie en premier pour y faire une fête. C’était l’année du 100e anniversaire du pont, en 1993. Ils utilisaient des génératrices pour illuminer le pont. Daniel avait dormi dans son camion pour veiller à la sécurité. Jacqueline mentionne qu’ils étaient jeunes et dynamiques à cette époque.

Une activité qu’ils ont bien aimée, même si ce n’était pas une levée de fonds, est la parade des Gai-lurons, en 1992.
Le char allégorique du Reflet représentait des lecteurs du journal communautaire dans tous les endroits qui sont bons pour le lire. Il paraît que quelqu’un était assis sur une toilette!

Recruter des bénévoles

Ça n’a pas toujours été facile de recruter des bénévoles pour le CA. Certaines années, il y a eu des postes vacants. Monique nous confie que lors de la fermeture du bureau de poste, qu’elle opérait depuis de nombreuses années, elle avait peur de s’ennuyer. Elle nous dit : « Je pense que je suis la seule à avoir dit, quand j’ai laissé le bureau : je veux, je veux rentrer dans Le Reflet. Pis je ne savais pas comment m’y prendre. Pis j’étais certaine qu’ils diraient non. » Cette révélation a surpris le reste du groupe et les a fait bien rire. Lisette se souvient qu’à ce moment-là Monique s’était jointe à plusieurs organismes du canton.
Daniel mentionne que de nos jours, il faut faire plus d’efforts pour recruter de nouveaux bénévoles.

L’avenir du Reflet

Même si la rencontre s’est principalement déroulée en parlant du passé, l’équipe du Reflet se doit de regarder vers l’avant. Selon Daniel, la version papier du journal est toujours actuelle, mais il faut penser aux médias sociaux, le web, si l’on veut garder des lecteurs.

C’est sûr que l’on ne peut pas se dire : Allez-vous être encore là pour 25 ou 30 ans? Mais est-ce que pour vous l’intérêt est toujours là de continuer,
tant que vous allez pouvoir, tant que vous allez aimer ça?

Sans hésitation, ils répondent oui. Malgré le fait qu’il y ait des gens qui quittent, de nouveaux arrivent. C’est différent aujourd’hui, il y a plus de bénévoles qui travaillent en petits groupes, comparativement à avant où le montage prenait plus de personnes, relate Monique.

Même s’ils ne retourneraient pas à l’époque de la dactylo, du letraset (forme de stencil) et du coloriage à la main, ils ont encore le goût de continuer à offrir de leur temps pour Le Reflet parce qu’ils aiment ce qu’ils font, parce qu’ils ont encore du plaisir. Et comme l’a si bien dit Lisette : « Et ça continue ».

En espérant que vous serez là encore bien des années. Merci de votre temps et j’ai apprécié ce moment passé en votre compagnie. Avec tout ce que vous avez raconté, vous êtes des bénévoles très généreux et vous pouvez être fières et fier de ce que vous avez accompli jusqu’à maintenant. R

2017-11-4 rencontre 30e originale corrigée

Légende : 4 novembre 2017.
En avant : Catherine Bouffard, Jacqueline P.-Bouffard et Monique P.-Rodrigue.
À l’arrière : Lisette Bolduc, Manon Bolduc et Daniel Pezat.
Photo : Ghislaine Pezat