2013 05-L’intimidation

Association féminine d’éducation et d’action sociale
L’intimidation
Suzanne Paradis et Denise Martel, membres de l’Afeas régionale de l’Estrie

afeas

Dans le cadre de son Opération tendre la main contre la violence, l’Afeas régionale de l’Estrie a invité Jasmin Roy, le 17 avril, à Sherbrooke, à venir nous entretenir sur son vécu et sur l’intimidation que les jeunes vivent à l’école. Cette année, plusieurs Afeas de la région de l’Estrie ont fait la demande à leur conseil municipal pour proclamer le 8 décembre «  Journée contre l’intimidation » dans leur municipalité.

Mmes Céline Duval, présidente provinciale, et Suzanne Royer, présidente de la région de l’Estrie, ont assisté à la conférence et ont adressé la parole au public présent.

C’est avec simplicité et dans une atmosphère intimiste que Jasmin Roy nous a entretenues de son vécu et de la fondation qu’il a mise sur pied pour contrer la violence à l’école, tant aux niveaux primaire que secondaire. Il a souligné que toute personne de tout âge et de toute condition peut être victime d’intimidation, de discrimination et de violence.

Il a d’abord donné une définition de ce qu’est l’intimidation. Une altercation entre deux élèves, un conflit de passage, ce n’est pas de l’intimidation. Et la médiation est à ce moment adéquate. C’est la répétition des gestes qui sont posés envers la victime qui constitue de l’intimidation. L’intimidation est décrite comme une forme de violence sociale, surtout observée en milieu scolaire, caractérisée par la domination d’un individu sur un autre au moyen d’actes répétés d’agression verbale, physique ou psychologique à son endroit.

– L’intimidation physique : frapper, pousser, faire trébucher, utiliser la force physique.
– L’intimidation psychologique ou émotionnelle : commentaires blessants, se faire traiter de noms, se faire niaiser.
– L’intimidation sociale : exclure une personne d’un groupe, répandre des rumeurs ou faire un traitement de silence (on ne parle plus à cette personne).
– L’intimidation discriminatoire : cibler, intimider ou harceler une personne à cause de son orientation sexuelle, son origine ethnique, son identité sexuelle, son appartenance religieuse, son apparence physique, son habillement ou n’importe quel autre détail pouvant la rendre « différente ».

Très jeune, Jasmin souffrait d’un problème de motricité. Il n’était donc pas enclin aux sports, il aimait plutôt lire, apprendre, et était un élève studieux à l’école. Pendant cinq ans de sa vie, il a été victime de violence homophobe à l’école. On l’a traité de tapette, moumoune, hostie de fif! Humilié, agressé physiquement par la majorité des élèves et par un professeur d’éducation physique, il tente de survivre. Il se referme sur lui-même, se sent comme un chien battu.

Heureusement, il a une passion, le théâtre. C’est grâce à ce rêve qu’il tient le coup. Mais ces agressions laissent des traces sur sa vie, il développe des troubles d’anxiété, il fait une dépression et a une faible estime de lui-même. Il éprouve même des problèmes physiques. Il se réveille la nuit, souffrant de tremblements et de vomissements. L’intimidation peut aussi amener la victime à souffrir de boulimie, de pensées suicidaires et d’automutilation.

Chez les garçons, c’est surtout l’intimidation homophobe qui les touche particulièrement. Pour plusieurs, un moment fort angoissant est celui du vestiaire. Cet endroit clos donne régulièrement lieu à des actes d’intimidation et de violence, car la présence d’un adulte n’y est pas permise. C’est pourquoi la Fondation Jasmin Roy suggère la présence de deux adultes dans les vestiaires pour s’assurer qu’il n’y ait pas d’actes d’intimidation ou de violence. Beaucoup de garçons se font traiter de « tapette » alors que 80 % de ceux-ci ne le sont pas et ne le seront pas.

Les filles sont plus sujettes à l’intimidation concernant leur apparence  (laide, grosse, salope, langage injurieux, etc.). Elles sont plus souvent victimes de cyber-intimidation qui part de la maison vers l’école. Ce genre d’intimidation se fait en utilisant un téléphone cellulaire ou Internet. Ce genre d’intimidation banalise l’intégrité de la jeune fille et ouvre la porte à l’agression sexuelle.

Le transport scolaire est aussi un endroit où des actes d’intimidation et de violence se déroulent sans que la moindre surveillance n’y soit effectuée.

L’intimidation vécue dans l’autobus n’est que la continuité d’un problème qui a commencé à l’école.

L’enfant n’a pas de perspective de vie. Il pense que cette intimidation va le suivre toute sa vie. Mais la vie peut basculer. Il faut vouloir mettre ces années derrière soi. Ce qui sauve, c’est d’avoir un but, un rêve, et de se concentrer sur ce rêve.

Dans l’intimidation, il y a deux personnes : celui qui intimide et la victime. Le premier aime donner un show et ça lui prend une victime et un public et c’est surtout devant lui qu’il agit. L’intervention doit se faire sur lui, la victime et la communauté.

La fondation Jasmin Roy a créé une trousse d’intervention offerte aux écoles afin de les aider à intervenir sur la communauté et non seulement auprès de la victime ou de l’agresseur. Elle préconise que chaque école privée ou publique dispose d’un intervenant responsable du dossier de l’intimidation.
Voici les conseils de Jasmin Roy aux jeunes victimes d’intimidation.

C’est important d’en parler, de dénoncer, de briser la loi du silence.
•  S’affirmer, c’est mettre ses limites et dire que l’on n’accepte pas l’intimidation.
• S’entourer d’amis, demander de l’aide, se faire confiance en se rappelant ses qualités et ses forces.
Et lorsque qu’on subit, à n’importe quel âge, de l’intimidation, de la violence, se rappeler qu’on n’est pas responsable des actes commis envers soi.

Jasmin Roy a été capable de trouver une solution face à l’adversité, il a appris à contrôler son sentiment de peur, à pardonner, à aimer. Il est important de créer une distance face à ce que l’on a vécu; en créant une distance intérieure, la paix s’installe. Se libérer pour se permettre de vivre. R

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