2010 06- Retour aux sources

Rubrique : Chronique touristique.
Titre : Retour aux sources.
Auteur : Daniel Audet.

Le projet de Mme Margaret Bennett était d’organiser une tournée dans les écoles tant primaires que secondaires, les sociétés d’histoire et les centres culturels dans les îles Hébrides (Uist, Harris, Lewis). Une tournée pour offrir une conférence sur ceux qui les avaient quittées pour venir se refaire une vie dans la MRC du Haut-Saint-François et dans celle du Granit : une conférence sur leur histoire donnée par Margaret, appuyée par le talent et le violon de Daniel Fréchette, par une collection d’une vingtaine de photos de Manon Rousso et par des ateliers de cuisine donnés par moi-même. Edmond Yergeau suivait le groupe pour croquer sur le vif les images qui nous rappelleraient ce merveilleux voyage.


Avril 2010, à Calanais, sur l’île Lewis en Écosse. Daniel Audet accompagnée
de Margaret Bennett, historienne. Photo : Edmond Yergeau

Revenons aux préparatifs du voyage. Manon Rousso, avec le talent qu’on lui connaît, prépara ses photos : une première sélection de 50, desquelles Margaret en choisit une vingtaine pour l’exposition dans les îles Hébrides. Elle expédia ses photos par la poste et Margaret les encadra en Écosse.

Il fallait, pour le côté cuisine, apporter du sirop d’érable. C’est une amie de Margaret qui, de son érablière, nous fournit le sirop : 24 litres à placer dans nos bagages… Quelques 30 kilos supplémentaires, cinq valises, un violon, une raquette à neige, un poêle à bois miniature, un moule à beurre, des chalumeaux, et quelques jours plus tard, nous voilà à Montréal, au comptoir d’Air France, prêts pour l’aventure. Nous avions une escale à Paris. Deux décollages, deux atterrissages avant d’embrasser Margaret à Édimbourg.


Photos : Edmond YergeauEnfin, nous voilà en Écosse. Margaret est venue nous chercher à l’aéroport. Volant à droite, conduite à gauche dans une petite van, le voyage commence réellement. Après l’autoroute, nous voilà lancés sur les petites routes sinueuses du Perthshire. C’est là que j’ai compris que l’automobile était sûrement plus dangereuse que l’avion.Heureusement, les paysages sont magnifiques et nous font oublier ces petites routes qui sont à peine plus larges que nos pistes cyclables. Les jonquilles sont fleuries et, tant sur la mainland que sur les îles Hébrides, poussent en fleurs sauvages. Nous arrivons à la maison de Margaret : une magnifique ferme de 1830. Les bâtiments sont tous en pierres. Il y a trois propriétaires distincts qui se partagent cette ferme. Margaret a restauré la partie grange. Magnifique.Pour tromper le sommeil, car pour nous, il est environ 6 heures du matin, nous passons la journée à explorer les villages environnant la propriété de Margaret. Après une bonne nuit, nous chargeons la van : le sirop d’érable, les 16 kilos de farine de sarrasin, les 10 sacs de fèves blanches, les bagages, les projecteurs, les ordinateurs… Les photos de Manon, pour ne pas les abîmer, voyageront sur nos genoux. En route vers Oban, où nous prendrons le traversier jusqu’à Lochboisdale sur l’île de South Uist : deux heures de route et six heures de traversier.

Nous passons pratiquement toute la traversée sur le pont. Bien que la température soit belle, c’est surtout pour tenir compagnie à Edmond qui n’a pas le pied marin.

Je ne voulais pas manquer l’arrivée aux îles. Voir les paysages, les dernières images que les premiers Écossais de Lingwick avaient apportées avec eux. Une fois à Lochboisdale, nous avions encore 2 heures de route pour rejoindre la maison où nous couchions sur l’Île Benbecula. La maison de Griminish était en face d’un bras de mer. On y voyait la marée. On y sentait la mer et le vent.

Le lendemain matin, j’ai cuisiné les fèves au lard et les galettes de sarrasin (160) pendant que Margaret, Gonzalo, son conjoint, et Edmond allèrent installer les photos de Manon à la première société d’histoire où nous commencions notre tournée.


Avril 2010. Présentation à l’école primaire de Tolsta.
Le violoniste, Daniel Fréchette. Derrière lui, en noir, Daniel Audet. En beige-rosé, Margaret Bennett.
Photo : Edmond Yergeau.Nous avons fait 9 écoles, 6 sociétés d’histoire et un centre culturel dans tout notre voyage. J’ai trouvé les écoles sur les îles Hébrides très colorées. Toutes mettent l’accent sur les élèves. Il y a leurs photos d’épinglées sur les murs, leurs travaux scolaires, leurs dessins. On y enseigne l’anglais, le gaélique et même le français. Partout, les enseignants et les directeurs nous accueillaient chaleureusement : café, thé, sablés, biscuits et gâteaux. Les enfants des différentes écoles de l’île Lewis nous avaient préparé des spectacles. Le sirop d’érable a fait fureur, les galettes de sarrasin un peu moins. Le sarrasin n’est pas connu en Écosse.C’est l’une des cultures que nos premiers arrivants écossais ont connue ici et qui a changé leurs habitudes alimentaires. Depuis un an, aux Hébrides, on fait des expériences sur la culture du sarrasin.Au niveau des écoles secondaires, l’on forme les adolescents à devenir crofter en plus de la formation académique. Un crofter est un petit fermier qui a environ 5 acres de terre à exploiter. Les écoles les forment à acquérir une indépendance alimentaire. Ces 5 acres doivent les nourrir tant par la culture que par l’élevage. Ils devront quand même travailler pour gagner leur vie, mais auront toujours une indépendance alimentaire.

Quant aux sociétés d’histoire, elles sont situées à l’intérieur de centres communautaires. Elles ont leurs expositions, leur musée, leur librairie et leur petite salle pour les Ceilidhs. A chaque soirée, les femmes y apportaient de la nourriture, j’y joignais mes fèves au lard, les galettes de sarrasin et le sirop d’érable. Daniel Fréchette y allait de son violon, Margaret parlait des Écossais de notre région, les Écossais de leurs chansons en gaélique et nous, de nos chansons québécoises. L’instrument le plus populaire des îles est l’accordéon.

Quant à l’exposition de Manon, ses photos ont été exposées à Griminish sur l’île de Benbecula, Kershader et au centre culturel An Lantair à Stornoway sur l’île Lewis. Après, elles retourneront au centre communautaire de Kershader en permanence.

Le Highlander des îles Hébrides est accueillant, souriant et bon vivant. J’y ai entendu de belles voix d’hommes et de femmes chantant leurs histoires en gaélique. Il est très religieux. Le dimanche, la principale sortie est l’église, car tous les commerces, les terrains de golf, les attractions touristiques sont fermés. Si vous allez à l’extérieur vous promener, parlez sans vous exclamer. Le dimanche est consacré à la famille et à Dieu. Dans nos deux MRC, on rencontre beaucoup de noms de routes ou de lieux communs à l’île Lewis : Galson, Dell, Tolsta, Stornoway, Gisla…

J’y ai rencontré aussi des descendants de gens qui sont venus vivre dans notre région au 19e siècle, qui y ont passé 2 générations et la 3e est retournée à l’île Lewis. J’y ai rencontré des gens qui voulaient savoir ce qu’étaient devenus leurs grands-oncles, leurs grands-tantes déportés dans les années 1860-1880. Ils ne les avaient pas oubliés.


Avril 2010. Les accordéonistes de la Société d’histoire de Ness.
Photo : Edmond Yergeau

J’ai vu les terres des îles Hébrides qui n’ont de parenté avec les nôtres que le vallonnement, les collines et les montagnes. J’y ai vu leurs chevreuils, leurs moutons et leurs vaches. J’ai dormi dans leurs maisons. J’ai goûté au vent, à la pluie et au soleil.

J’ai surtout senti leur hospitalité légendaire.

Tous ces hommes et ces femmes qui sont partis de gré ou de force bâtir ici leurs nouvelles maisons que nous habitons maintenant, travailler la terre et les forêts dont nous profitons aujourd’hui, je leurs dis un grand merci.

Bien que francophone de culture, je me sens privilégié d’habiter l’une de leurs maisons et à travers leur magasin général, de continuer à parler d’eux et de l’héritage qu’ils nous ont laissé.

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