2010 09- Je me souviens

Rubrique : Nos mots, notre âme
Titre : Je me souviens.
Auteur : Malois

On le dit, on le prétend. Le Québec en a même fait sa devise.

Mais la vérité, semblerait-il, est plus nuancée. En fait, on est souvent porté à oublier. Ce qui s’est passé en juin est oublié en septembre. Les vacances ont fait leur œuvre, le temps, tout simplement, aussi.

Ceux qui font carrière en politique comptent là-dessus pour garder le pouvoir même après que le peuple les ait grandement désapprouvés. Ne dit-on pas qu’en politique, six mois, c’est une éternité?

À moins qu’il ne s’agisse d’une chose très importante, que l’émotion n’ait été grande, ou qu’on se soit donné grand mal pour mémoriser, on oublie.

On oublie le prix du lait, le nom du ministre de l’éducation, l’anniversaire d’un être cher. On oublie même, cela se produit, son propre anniversaire.

Soixante ans plus tard, on n’a plus qu’une connaissance vague de ce qui avait été à l’origine de la Seconde Guerre mondiale. Chez les plus vieux, le temps a tout embrouillé et quant aux plus jeunes, ils apprennent : c’est de la mémorisation, pas des souvenirs. Et on ne parle pas, ici, de dénégation de ce qui s’est passé : juste d’oubli et d’ignorance des faits et de leurs causes.

On se souvient que le Canada, le grand pays, a été français. Après que les Français l’aient usurpé sur les Amérindiens. On se souvient qu’en moins de vingt minutes, sans réelle bataille (mais se souvient-on?), les Anglais ont usurpé le Canada sur la France… qui n’y tenait pas tant. Deux cent soixante ans plus tard, le souvenir en nourrit encore la politique nationale : l’émotion canadienne, dans ce cas, a crû avec le temps.

Mais quels sont les bons, les mauvais coups des gouvernements successifs? À part quelques événements majeurs, on a oublié. Et même ces derniers, on a du mal à les placer dans le temps… voire, souvent, à les attribuer à leurs réels auteurs.

On se souvient bien que, vers telle époque, on avait parlé de corruption, mais on a bien oublié ce dont il s’agissait.

Les gestes malhonnêtes ou antidémocratiques perdent rapidement de leur valeur d’actualité et, dès lors, de leur pouvoir de motivation. C’est ainsi qu’aux élections suivantes, on reporte au pouvoir ceux qu’on a honnis si peu de temps auparavant.

Le peuple oublie son pouvoir.

Quand vient le temps de l’exercer, il faudrait pourtant se souvenir… de se souvenir! R

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